Cette année marque les vingt ans des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) en France. L’occasion pour nous de fêter cet anniversaire en vous parlant d’un très beau livre (de 2019) qui aborde frontalement le sujet !
Sous–titré « Paroles d’usagers de drogues », ce livre est à la croisée d’un journal et d’un ouvrage collectif de témoignages. Thierry vivote d’emplois saisonniers. L’histoire commence en 2014, après avoir fait le vigile dans un camping le temps de recharger ses droits au chômage, une collègue lui propose de faire un remplacement dans le Caarud de Mantes-la-Jolie. Bon plan, se dit-il, pour prouver à l’administration que ce n’est pas un fainéant. Ce qui aurait pu n’être qu’un one-shot est devenu son emploi principal jusqu’en avril 2018. Si plusieurs fois l’auteur expose son propre point de vue, la parole est surtout donnée aux personnes accompagnées par la structure. Usagers et usagères de drogues donc, sans compromis. Passé l’introduction et quelques souvenirs de son cru, ce sont ainsi les souvenirs et états d’âme des autres qui sont mis en avant.
La raison d’être du livre se trouve dans une proposition de l’Observatoire international des prisons qui propose au Caarud de Mantes–la-Jolie de recueillir des témoignages carcéraux. La personne mandatée pour faire les enregistrements et les transcriptions ne s’acquitte pas de sa tâche, mais l’idée reste. Thierry décide alors de faire ce travail d’écoute et d’archive en plus de ses missions du quotidien auprès du public qu’il accompagne. Pendant sept mois, avec son téléphone, il va recueillir la parole, et pendant trois autres, il reviendra fignoler son ouvrage. Les témoignages ont été relus et validés par leurs auteurs et autrices et l’objet final prend aux tripes.
SANS FARDS
En abordant sans fard la dynamique spécifique à l’exercice du Caarud (une structure qui ne vise pas l’arrêt des consommations, comme nous l’expliquions dans l’article dédié à l’offre de soins en addictologie) et les débordements qui peuvent en découler, le livre fait preuve d’honnêteté intellectuelle. Tout n’est pas tout rose, loin s’en faut, mais tout n’est pas que violences, bagarres, dépravations et surdoses mortelles. Les parcours de vie des personnes sont infiniment plus complexes que ce que l’opinion publique et les grands médias veulent le faire croire. Les situations dans lesquelles les personnes peuvent se retrouver semblent parfois inextricables. Et leur bonne prise en charge nécessite un maillage partenarial dont les maillons sont parfois fragiles.
En d’autre termes : c’est un très beau livre. Rempli d’humanité et de vérité. Pas écrit pour plaire ni pour émouvoir, qui permet de mettre en lumière ce qu’on ne voit pas souvent – voire jamais.
Les professionnel·les du secteur ne tomberont pas de leur chaise en lisant le livre, il leur parlera sûrement. En revanche, les personnes ignorant ce monde–là apprendront bien des choses. Un formidable livre pour expliquer ce qui se passe derrière les murs de ces structures au nom codifié : Caarud. Expliquer le travail qu’on y fait ou expliquer le secours qu’on y a trouvé. D’ailleurs, si ce genre d’œuvre instructive vous intéresse, on ne peut que vous conseiller de vous pencher sur la BD « À moindres risques » qui raconte la vie dans une salle de shoot.
Cas rudes est un ouvrage de Thierry Pelletier publié en 2019 aux éditions Libertalia. Il affiche 144 pages au compteur pour un prix de 8 €.
Pour en apprendre plus sur les Caarud, vous pouvez regarder cette vidéo :