KEPS témoignage Toxicophobie - Akuptsova Ambulance PIXABAY
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Témoignage | À cause de la toxicophobie

Publié le 2 avril 2026 par Maxime

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Cet article parle de : #drogues-illegales #temoignage

Dans le témoignage du jour X nous raconte comment la toxicophobie des services de soin a entravé sa bonne prise en charge et fait courir des risques inconsidérés. La grande force de ce témoignage est le double regard qui porte sur cette situation. En effet, X n’était pas seul·e mais avec un·e ami·e sobre…


LE BASCULEMENT

« Je m’appelle X et j’aurais bien pu y passer à cause de la toxicophobie de la standardiste du Samu ainsi que le personnel soignant des urgences. La soirée se déroulait parfaitement bien. J’étais dans un état d’esprit serein, sous un microdosage de LSD que je pratique de manière habituelle et maîtrisée, et qui ne m’a jamais causé la moindre perte de contrôle. J’avais les idées claires.

Le drame s’est noué autour d’un geste simple : j’ai aidé une jeune femme qui semblait un peu perdue. Pour me remercier, on m’a proposé une bière. Fidèle à mon habitude de ne pas consommer d’alcool, j’ai décliné. On m’a alors apporté un verre d’eau, spécifiquement pour moi. J’en ai bu quelques gorgées.

Vingt minutes plus tard, mon monde a littéralement implosé.

J’AVAIS L’IMPRESSION DE ME NOYER DE L’INTÉRIEUR 

Ce n’était pas une « montée » de produit, c’était une chute libre, brutale et sans filet. En un instant, j’ai perdu tout repère. La confusion était si violente que je ne comprenais plus où j’étais, ni qui j’étais. Mais le plus terrifiant, c’était cette sensation physique insoutenable : j’avais l’impression de me noyer de l’intérieur. Chaque inspiration demandait un effort surhumain, comme si l’air ne parvenait plus à mes poumons, comme si mon système respiratoire s’éteignait.
Dans cette panique absolue, mon instinct de survie a pris le dessus. J’ai cherché mon ami. Quand je l’ai enfin trouvé, je me suis agrippé à son bras avec une force désespérée. L’insécurité était telle que je ne pouvais pas imaginer lâcher ce bras ; c’était mon seul lien de confiance. J’ai réussi à lui jeter ces quelques mots, avant que ce ne soit le vide : « J’ai bu dans un verre d’eau, ça ne va pas, il y a quelque chose qui ne va pas. »
À ce moment-là, et je ne pèse pas mes mots, j’étais intimement convaincu que j’étais en train de mourir. »


La version du témoin sobre

Le témoignage suivant est fait par mon ami, sobre, qui est plus à même que moi de faire un état factuel de ce qui s’est passé ensuite.

L’alerte et l’arrivée aux urgences

« Mon ami, dont je connais l’habitude des psychédéliques, présente des symptômes qui n’ont rien à voir avec sa consommation habituelle. Il est en détresse.

  • L’appel au Samu : L’opérateur refuse de prendre la mesure de l’urgence. On me demande de lui passer mon ami alors qu’il est inconscient et ne respire presque plus. Face au mépris de l’interlocuteur qui m’accuse de « ne pas faire d’efforts », je décide de gagner du temps en allant à l’hôpital directement comme cela m’est conseillé au téléphone.
  • L’accueil à l’hôpital : Aucune réactivité. On me donne un simple siège à roulettes pour transporter mon ami. L’infirmière priorise l’administratif (identité) sur les constantes vitales. Elle prendra vraiment bien son temps, alors que mon ami à côté glissait du siège, inconscient, les yeux blancs qui roulaient dans le vide.

La salle d’attente : une mise en danger délibérée

  • L’attente (20 à 30 min) : Malgré plusieurs alertes sur l’absence de pouls perçu et les pauses respiratoires (apnées), on nous demande de patienter. Des patients arrivés après nous sont pris en charge avant mon ami, dont l’état de conscience s’effondre.
  • Le ressenti de mon ami après les faits : « J’ai eu peur de mourir dans cette salle d’attente. J’ai compris que parce que la drogue avait été mentionnée, ma vie ne valait plus la peine d’être sauvée en priorité. »

La maltraitance soignante et la rupture de soins

  • L’examen : L’infirmière fait preuve d’une condescendance extrême, tutoyant mon ami et lui parlant comme à un enfant.
  • La violence physique : Pour le monter sur le lit, l’infirmière le saisit brutalement par le col/la capuche, manquant de le faire tomber. Je le rattrape et aide l’infirmière pour mettre mon ami sur le lit. Ensuite, l’infirmière dit que mon ami devra rester seul et que je ne pourrai pas le suivre. À ce moment, son regard s’est réveillé, j’ai vu une terreur intense dans son regard. Il n’arrivait rien à dire mais faisait non de la tête sans arrêt. Je ne me souviens plus de ce qu’a dit l’infirmière ensuite mais après cela, mon ami a réussi à reprendre la parole, a repris l’infirmière en lui disant qu’il ne se sentait pas en sécurité et que ma présence avec lui était souhaitée car il me faisait confiance (et d’autres remarques dont je ne me rappelle pas). L’infirmière lui a ensuite dit une phrase du type « eh bien si tu ne veux pas venir, tu peux partir ». Suite à quoi mon ami a eu un regain de force qui l’a fait se lever, je l’ai suivi jusqu’à la voiture et nous sommes partis. Mon ami dira alors « Je préfère mourir dans ta voiture que sur ce brancard », avant de retomber dans un état de semi-conscience et de détresse respiratoire. »

 Je ne méritais pas d’être aidé et ça n’est pas acceptable

« Mon témoignage et les souvenirs que j’ai concordent avec les faits décrits par mon ami, bien que moins précis. Dans la salle d’attente, je me suis senti partir et j’ai eu très peur. J’étais à peine capable de respirer mais j’avais bien en tête que je pourrais mourir dans une salle d’attente parce que dès que l’usage de psychotropes a été mentionné, le personnel soignant a cessé d’appliquer les protocoles d’urgence vitale pour passer au jugement moral.

Ma vie n’aurait pas dû être remise entre les mains de mon ami en raison du jugement du corps médical sur la prise de substances, voulue ou non. Pour ces soignants, je ne méritais pas d’être aidé et ça n’est pas acceptable.

On notera :

    • L’échec du protocole « Soumission chimique » : aucun test toxicologique n’a été suggéré, si ce n’est me coller sur un brancard seul.
    • La maltraitance institutionnelle : le non-respect de ma dignité (tutoiement, violence physique légère), l’invitation à m’en aller si je n’étais pas satisfait, ce qui m’a poussé à l’auto-exclusion des soins. »

  • Des questions sur les drogues ?
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