
Dans ce témoignage, X raconte son accoutumance à la Kétamine. Merci pour ce partage !
Le problème avec la kétamine, c’est que l’accoutumance arrive tellement vite que l’on peut très vite être amené à en consommer quotidiennement, à en avoir besoin quotidiennement et à augmenter les doses jusqu’à être littéralement intoxiqué par le produit.
Le fait d’être dissocié, loin de la réalité du corps et de ses sensations, peut faire qu’on ne se rend pas compte de se mettre en danger.
Conso décomplexée
Je consomme depuis environ trois ans de manière régulière, dans mon entourage nous avons une conso très décomplexée, on fait nos vies avec. Un peu comme le rapport que peuvent avoir les fumeurs de joint avec leur produit, la conso fait partie de la vie, elle soulage un poids avec lequel il serait impossible de marcher sinon.
C’est pas la grande vie même si on a l’impression que tout va bien pck on arrive toujours à attraper la carotte au bout du fil. On passe des journées à chercher de quoi se procurer le bail, la conso part toujours trop vite, on a jamais assez d’argent. Les dynamiques interpersonnelles peuvent être affectées par tout ça.
Ce qui m’a le plus bouleversée, c’est d’être dans des endroits publics, où les gens passent, font des trucs, et d’avoir un ami (ou moi–même) littéralement devenu un poids mort, effondré par terre qui est encore à moitié conscient.
Ça m’est toujours apparu comme une agonie.
Même si au bout d’un moment la drogue redescend et que la personne reprend ses capacités motrices et psychiques, la souffrance reste visible, même si elle est refoulée.
Les troubles psy, je ne les éprouve que sobre
Des fois je me dis que la drogue nous fait éprouver notre souffrance dans un monde qui ne nous laisse pas le faire.
Au final, on est tout le temps à côté de nos pompes parce qu’on est défoncés, ailleurs, dans la lune, on tripe quoi et ça devient de plus en plus dur de rattraper le cours de sa vie.
Les troubles psy, je ne les éprouve que sobre, je me rends compte que je suis renfermée sur moi–même, que je n’arrive pas du tout à gérer mes émotions, que je dissocie beaucoup évidemment. J’étais avant tout ça qqn qui parlait beaucoup et maintenant, je n’arrive plus à finir mes phrases, je bloque sur des mots, c’est comme s’il y avait un gros vide dans ma tête et que je ne pensais plus rien.
J’en suis arrivée à avoir des douleurs à la ké, ce qu’on appelle un « Alien » ou un « glaçage », cela se produit lorsque l’on ingère de la kéta, que l’on « ne crache pas ses coulantes » et que la ké se re-cristallise à l’intérieur de l’estomac.
Ce sont vraiment des douleurs horribles.
Ça empirait drastiquement le problème
À cause de l’addiction, je tentais stupidement de me soulager avec la ké, misant sur son action antidouleurs très efficace.
Ça empirait drastiquement le problème.
Utiliser d’autres antidouleurs peut aussi causer de graves intoxications.
Ainsi, les problèmes devenaient graves, je ne m’arrêtais auparavant que lorsque j’étais rendue à l’hôpital en me tordant de douleur. Je me sentais pitoyable d’en arriver là, c’est dans ces moments que je me sens être malade de la consommation de kétamine.
Ces problèmes de santé liés à la ké sont très peu connus et pourtant répandus chez les consommateurs réguliers. Il est difficile d’obtenir de l’aide, à l’hôpital on ne m’a quasiment pas prise en charge, seulement écartée du produit. J’ai vu beaucoup d’addictologues mais aucun ne connaissait le produit, ni ses risques sur la santé. On m’a accompagnée en me renseignant sur comment se sortir de l’addiction « théoriquement ».
Les meilleurs conseils que j’ai eus pour stopper ces crises de douleur très intenses sont :
– arrêter la k si possible, sinon réduire et essayer de tout éliminer en crachant le produit
– vomir
– boire de l’eau chaude (dissoudre la k dans l’estomac)
– bouillotte
– manger
Le piège d’un usage « thérapeutique »
On a tendance à penser que c’est une drogue sans redescente, sans addiction physique et psychologique et qu’elle est moins dangereuse de ce fait.
C’est une drogue qui ne ressemble à aucune autre « catégorie connue », c’est pour cela qu’il est très pertinent de vraiment analyser ses effets plus en profondeur.
Je suis tombée dans le piège, sans doute comme beaucoup d’autres, d’en avoir un usage « thérapeutique ». De profiter des effets antidépresseurs immédiats et à court terme (là où tous les autres s’assimilent en deux semaines et ont vraiment des effets différents) et à profiter des effets antidouleurs sans avoir l’effet plombant des opioïdes qui sont généralement utilisés pour les antidouleurs de classe 2.
Ça a finalement nourri chez moi une grande insécurité, face à chaque moment difficile, à chaque « crise », que ce soit de la douleur psychique ou physique, je ne vois que ça comme solution. Je panique à l’idée de ne pas pouvoir stopper cette douleur et je craque pour ça, tout le temps.
Je crois que c’est ça la dépendance.
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