Faire analyser ses drogues, c’est une étape importante dans une démarche de réduction des risques. Notre association disposant d’un laboratoire bien équipé pour analyser tes produits, nous aimons beaucoup en parler !
Tu as surement dû voir passer plusieurs de nos contenus, sur la NEP par exemple ou sur le 25C-NBOMe, qui permettent de se rendre compte que sans l’analyse de drogues, nous aurions bien du mal à savoir ce qui circule vraiment sur le marché des psychotropes.
Et en ce mois de mars, nous avons décidé à KEPS d’insister un peu sur certains aspects des drogues qui font trop souvent l’objet de mythes et de légendes. Le premier point à retenir pour bien commencer, c’est que personne ne peut être certain.e à 100% de la drogue consommée rien qu’en la sniffant, l’injectant ou l’inhalant !
L’histoire de l’analyse en quelques minutes
L’analyse de drogues a émergé aux États-Unis dans les années 1960, notamment en réponse à la consommation de psychédéliques qui prenait une ampleur importante. Bien que de nombreuses personnes croyaient qu’une expérience psychédélique « ratée » était uniquement due à un mauvais Set & Setting, les archives nous révèlent que certaines drogues, comme le DOM ou le PCP, étaient inconnues du public mais qu’elles étaient vendues avec des noms marketing et étaient consommées sans précaution particulière. Quelqu’un consommant du PCP en pensant prendre une substance comme du LSD ne pouvait qu’être surpris tant la différence des effets est notable.
À cette époque, l’analyse était exclusivement accessible via des institutions publiques comme les hôpitaux ou les laboratoires de police scientifique, ce qui rendait l’accès à ce service plus difficile, pour ne pas dire impossible, pour les personnes marginalisées.
Il aura fallu attendre les années 1990 pour que l’Europe de l’Ouest développe des outils d’analyse de drogues. C’est même à la toute fin des années 1980 que les Pays-Bas commencent à favoriser le développement de ces services d’analyse, d’abord démarrés de manière illégale mais ayant fait leurs preuves en termes de santé publique.
En France, c’est en 1997 que le testing apparaît, avec des réactifs chimiques qui seront finalement restreints en 2005 au profit de techniques plus précises. Restreints, parce qu’ils ne sont pas formellement interdits à l’achat, mais ne peuvent être ni distribués ni utilisés par les associations de réduction des risques dans le cadre de leurs missions. Les autorités de santé considèrent que ces réactifs génèrent un « faux sentiment de sécurité ».
Les techniques utilisées
L’analyse de drogues en France est parfaitement légale et garantie par la loi de 2016 sur la modernisation de notre système de santé. Cette autorisation concerne plusieurs techniques d’analyse, certaines étant plutôt « qualitatives », d’autres plutôt « quantitatives », sans jamais vraiment être exclusivement l’une ou l’autre. Les différentes techniques peuvent être considérées comme complémentaires.
Dans les techniques dites « qualitatives », on retrouve les réactifs cités précédemment, mais aussi les bandelettes de détection assez peu connues en France. Aux États-Unis, il existe par exemple des bandelettes permettant de détecter le fentanyl, ce qui est utile dans un contexte de crise des surdoses d’opioïdes. Ces tests ne rentrent pas dans le cadre de l’interdiction de 2005.
Les autres techniques qualitatives sont plus connues et utilisées par les différentes associations de réduction des risques, notamment de manière mobile, lors de festivals par exemple. Il est question ici de la chromatographie sur couche mince (CCM) et de la spectroscopie infrarouge (IR). La première est une technique impliquant de la colorimétrie, la deuxième utilise la lumière et l’absorption de celle-ci par chacune des drogues analysées.
Les techniques quantitatives consistent quant à elles en une analyse de la pureté du produit. La chromatographie liquide à haute performance (HPLC) permet de déterminer, avec une bonne précision, la pureté de la substance. Le DrugLab peut par exemple quantifier des produits comme la cocaïne ou encore le 2C-B, c’est-à-dire qu’il est possible de connaître précisément la quantité de ces molécules dans un échantillon analysé.
D’autres laboratoires, notamment de police scientifique, utilisent la chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) ou encore la chromatographie liquide à ultra haute performance couplée à la spectrométrie de masse en tandem quadripôle–temps de vol (UPLC-QTOF).
Toutes ces techniques ont des coûts différents, en termes de moyens humains et matériels. La spectroscopie infrarouge est par exemple relativement abordable, et ne nécessite pas de chimiste particulièrement formé pour utiliser la machine et interpréter ses résultats. C’est notamment pour cette raison que de nombreux Caarud l’utilisent.
Pour des techniques plus pointues, comme l’HPLC, le matériel nécessaire et le personnel formé impliquent des moyens financiers importants, que toutes les structures de réduction des risques ne peuvent pas forcément se permettre.
Il existe donc une variabilité d’outils d’analyse en fonction des associations, parfois plusieurs techniques sont proposées, parfois il y en a même plusieurs qui sont complémentaires.
Comment accéder à ces services d’analyse ?
Où que tu sois en France, il y a toujours un accès possible aux services d’analyse, selon deux modalités : sur place ou à distance.
De nombreuses associations peuvent collecter ton produit lors d’un entretien physique, que ce soit lors d’une permanence dédiée ou lors d’une intervention en milieu festif. Généralement, on distingue l’analyse destructive (par exemple l’HPLC), qui nécessite un petit échantillon de ton produit (qui ne pourra être rendu à cause de la technique utilisée), et l’analyse non-destructive (par exemple l’infrarouge), qui permet de récupérer l’échantillon utilisé.
Le temps d’analyse varie en fonction de la technique, très rapide pour l’infrarouge (de l’ordre de quelques minutes) et plus lent pour l’HPLC ou la CCM.
S’il n’y a pas de structure près de chez toi, tu peux envoyer ton produit par la Poste en passant par le dispositif d’analyse à distance. Tu peux passer par le forum Psychonaut, ou par le forum Psychoactif.
Le DrugLab, quant à lui, collabore avec des structures qui peuvent lui envoyer des échantillons, ce qui permet de travailler en complémentarité avec celles disposant d’autres méthodes d’analyse ou en collectant simplement les produits pour les envoyer au laboratoire.
Consulte la carte du réseau Analyse Ton Prod’ pour voir si des associations peuvent collecter ton produit près de chez toi.
Conclusion
Vérifier la nature de ton produit, ça vaut toujours le coup !
Si tu as des questions sur tout ça, tu peux nous contacter. Nous pouvons aussi t’orienter vers la structure la plus adaptée près de chez toi si tu as besoin de faire analyser ton produit ! Et si tu es sur Marseille, c’est encore plus simple, tu n’as qu’à passer sur une des permanences du DrugLab.
N’hésite pas à lire l’article présentant la manière dont le DrugLab effectue les analyses pour avoir une idée plus précise du processus de collecte, d’analyse, et de rendu de résultats.