Rentrée littéraire 2025 : les kids des années 1990 sont en sueur : REBEKA WARRIOR sort un livre ! Rebeka Warrior, c’est la moitié de Sexy Sushi (culte), Mansfield TYA (culte) et KOMPROMAT (bientôt déjà culte). Dire que c’est une personne qui a une fanbase est un euphémisme… Un livre de la queen, de la madone que dis-je, était évidemment l’objet de grandes attentes !
Le résumé pour celles et ceux qui scrollent trop vite
- Rebeka Warrior raconte l’amour, le deuil et la reconstruction sur dix ans, avec une honnêteté brutale.
- Drogues, musiques et quêtes spirituelles se mêlent pour témoigner d’une survie intense et d’un soin de soi imparfait mais réel.
- Ce livre n’est pas confortable, mais il montre que prendre soin de soi peut passer par des chemins sinueux, personnels et parfois bordéliques.
DE QUOI ÇA PARLE
Dans ce joli et sensible roman d’autofiction, Rebeka Warrior raconte l’amour et la mort. La maladie, le deuil et la reconstruction entre 20213 et 2023.
Elle et Pauline vivent l’amour, en vacances Pauline sent une boule dans sa poitrine. Au retour à Paris, le diagnostic tombe : c’est un cancer. S’ensuit l’adaptation du couple autour du protocole de soins. Un an plus tard, elle n’est pas en rémission. Opération, chimiothérapie, panique, peur. Un programme qui marque et qui abîme leur relation.
Parallèlement à l’aide apportée à Pauline, Rebeka ressent le besoin de prendre aussi un peu soin d’elle. Pratiquant la méditation, elle décide d’aller en retraite. Durant ce laps de temps, elle continue la musique, les concerts, la composition, même si elle souffre du syndrome de la page blanche. Elle prend aussi un maximum de drogues, allant de soirées en after à la recherche d’une défonce toujours plus border.
Un jour, elle trompe Pauline, Pauline la trompe, les deux femmes se quittent pour que Pauline puisse mourir. Les dernières pages racontent comment Rebeka a assimilé et transformé cette épreuve. Une quête spirituelle à travers la pratique du zazen et professionnelle à travers le duo électronique KOMPROMAT.
Le livre est aussi parcouru d’extraits de journaux intimes de cette période et d’ouvrages de littérature classique écrits par des hommes blancs, cis et morts, auxquels l’autrice s’identifie.
QU’EST-CE QU’ON EN PENSE ?
C’est un livre assez déconcertant. Il peut se décomposer en trois parties imbriquées les unes dans les autres :
- le présent : en prose, que raconte la narratrice, touchante.
- le passé : les extraits de journaux de l’époque des faits, intense.
- l’extrapolation : les extraits de livres qui parsèment le livre.
À titre personnel, je n’ai pas été convaincu par les citations, je n’ai pas bien compris ce qu’elles apportaient. Leur nombre a profondément perturbé ma lecture. Des encarts de parfois une demi–page à un rythme très soutenu qui donnent l’impression que le nombre de pages est gonflé artificiellement… De même que le retour à la ligne systématique à la fin de chaque phrase ! Vraiment, le livre aurait pu tenir sur la moitié des pages s’il n’avait pas été imprimé en aussi gros caractères. Bref, assez parlé de la forme ! Que dire sur le fond ?
L’histoire racontée est très humaine, riche de détails et dans une langue qui ne se refuse aucune grossièreté. Pas de fard pour maquiller cette période qui a été très sombre (et on peut comprendre !). L’authenticité est une des forces du livre, même si son style ne peut plaire à tout le monde. Certains parlent d’un récit égoïste, ce n’est pas notre cas. Le point de vue de ce livre est situé et son action prend place plusieurs années après un drame qui s’est déroulé sur des années et dont l’issue, à un moment inéluctable, était la mort. On peut comprendre que pensées-là peuvent être abrasives : elles n’en demeurent pas moins un mécanisme de survie qui a, visiblement, fonctionné. Santé mentale et usage de stupéfiants peuvent être intriqués.
EST-CE QUE C’EST RDR ?
Bon alors qu’on soit clairs : Rebeka prend un max de risques et un max de drogues.
Kétamine, coke, speed-ball, bufoténine, DMT, ayahuasca (mais avec un vrai chamane…), alcool et clopes. Un tour d’horizon non exhaustif mais bien gé-char des grandes familles de substances.
Sans trop se pencher sur les tenants et les aboutissants de ces prises, on a failli poser le livre au moment où… on lit que la kétamine est un anesthésiant pour chevaux !
Quelle déception de la part d’une personne de la grande communauté des usagers de drogues, faire un livre grand public avec une si grosse énormité à l’intérieur ! Ça ne coûtait pas grand–chose d’être dans le vrai. C’est vraiment l’écueil qui fâche. Et c’est dommage !
Récompensé du prix de Flore 2025, Toutes les vies de Rebeka Warrior est paru aux éditions Stock. 277 pages pour 20,90 €. Le prix de Flore est remis chaque année par un jury dans lequel s’illustre l’infâme Frédéric Beigbeder (dont nous avions critiqué les non moins infâmes « Nouvelles sous ecstasy »).
Pour en lire un aperçu, vous pouvez profiter de l’extrait offert sur le site Troiscouleurs.
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