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Haltes soins addictions (HSA) : pourquoi la France hésite encore ?

Publié le 5 janvier 2026 par Clarisse

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Cet article parle de : #addiction

Elles étaient au cœur des débats en cette fin d’année 2025. Radicalement appelées « salles de shoot » par les médias, les haltes soins addictions (HSA) sont des espaces d’accueil et de soins où des personnes vivant à la rue pour la très grande majorité consomment des produits psychoactifs et notamment des substances injectables dans un cadre sanitaire et sécurisé, avec du matériel stérile et la présence de professionnel.les de santé. L’objectif de ce dispositif est, évidemment, de réduire les risques sanitaires (surdoses, infections, etc.), mais aussi de faciliter l’accès aux soins et services sociaux pour les usager·es, leur offrir un espace de consommation safe, et ainsi diminuer les « nuisances » dues à la conso dans l’espace public. 

 

Le dispositif est né dans la loi de modernisation de la santé de 2016, initialement sous le nom de « salles de consommation à moindres risques » (SCMR). L’idée était de tester, en France, un modèle déjà présent dans plusieurs pays (Allemagne, Suisse, Canada…) visant à réduire les dommages sanitaires liés à l’usage de drogues chez les personnes très précaires.

Depuis 2016, seules deux structures ont été ouvertes, une à Paris, adossée à l’hôpital Lariboisière, et une à Strasbourg, au sein de l’hôpital civil. Elles accueillent quotidiennement plusieurs centaines de personnes très éloignées du système de soins, pour qui ces lieux sont d’une importance capitale. 


80% de Français·es favorables

Cinq ans plus tard, en 2021, une étude de l’Inserm fait état de résultats édifiants. L’Institut a montré que les HSA réduisaient considérablement les risques sanitaires (moins d’infections, moins d’urgences médicales, moins de surdoses), permettant ainsi des économies pour le système de santé, et diminuaient les comportements criminels et les traces de consommation dans la rue. Elles étaient même largement acceptées socialement puisqu’environ 80% des Français·es y étaient favorables.

En 2024, un rapport conjoint de l’Inspection générale de l’administration et de l’Inspection générale des affaires sociales indiquait que près de 550 000 consommations dans l’espace public ont pu être évitées grâce au dispositif et recommandait d’inscrire les HSA dans le droit commun et d’ouvrir de nouvelles structures dans les zones où les scènes de consommation de rue sont particulièrement présentes. 

Déjà prolongée une fois, l’expérimentation devait officiellement prendre fin en décembre 2025, ce qui signifiait que les deux seules HSA françaises risquaient de fermer le 1ᵉʳ janvier 2026 si aucune décision n’était prise. Une décision qui a tardé à venir, laissant nombre d’associations et d’usager.es dans le doute. 

Un amendement au Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 a finalement été présenté et voté à l’Assemblée nationale avec un large soutien (transpartisan, y compris du gouvernement). Cet amendement prolonge l’expérimentation jusqu’au 31 décembre 2027. Une évolution favorable donc mais qui reste en demi-teinte pour les associations et structures de soin. Pourquoi ne pas pérenniser dans le droit commun un dispositif qui fonctionne et a largement fait ses preuves à l’étranger mais aussi à Paris et à Strasbourg ? 

 

Aucun projet acté à ce jour


En 2024, les associations marseillaises ont d’ailleurs essuyé une lourde déconvenue. Alors que le projet était presque validé, qu’un lieu avait été choisi, et de nombreuses parties prenantes impliquées, la préfecture a décidé d’annuler l’ouverture de la HSA prévue au 110 boulevard Libération, sans vraiment donner d’explication. Si la pilule a été difficile à avaler pour les structures qui voyaient en cette ouverture une grande avancée pour les droits des usager·es, c’est surtout pour les personnes concernées que cette annulation a eu de lourdes conséquences sanitaires et sociales. Depuis, le nombre de consommateurices ne cesse d’augmenter, notamment dans le centre-ville, et leurs conditions de vie se dégradent chaque jour un peu plus. Pour elleux, les riverains, les travailleureuses sociaux·ales, les professionnel·les de santé, cette décision est incompréhensible mais semble pourtant entérinée pour de bon. 

Alors, quid de prochaines HSA sur le territoire français ? Si plusieurs députés de gauche plaident pour l’ouverture de nouvelles salles de conso, aucun projet n’est à ce jour acté alors même qu’elles ont fait leurs preuves partout où elles ont été implantées. Et la politique française, parmi les plus répressives d’Europe en matière de drogues, ne semble pas pencher en faveur du recours à de tels dispositifs malgré les recommandations des expert·es. 

Les haltes soins addictions ne sont ni une utopie ni une provocation idéologique : ce sont des outils de santé publique efficaces, documentés et soutenus par une large partie de la population. Pourtant, en France, elles restent cantonnées à l’expérimentation, freinées par des choix politiques à visées électoralistes davantage guidés par la peur et la stigmatisation que par les données scientifiques et l’intérêt général. 

À l’heure où les scènes de consommation de rue s’étendent et où les personnes concernées paient le prix fort de l’inaction, la question n’est peut-être plus de savoir si les HSA fonctionnent, mais pourquoi on continue à refuser de les déployer là où elles sont pourtant le plus nécessaires.



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