Aujourd’hui, Michel 47 raconte un parcours de polyconsommation débuté très jeune, où les usages se sont installés progressivement, en lien avec des difficultés personnelles et un TDAH non diagnostiqué.
La force de ce témoignage réside dans sa lucidité : loin d’un récit linéaire de « chute » ou de « rétablissement », il donne à voir une réalité faite d’ajustements permanents, de tentatives de régulation, de rechutes et de stratégies de réduction des risques. Malgré des périodes de consommation intense et des événements critiques, X décrit aussi des formes de stabilisation et de contrôle progressif de certains usages.
Aujourd’hui, il mène une vie stable, élève ses enfants et compose avec ses consommations au quotidien. La vigilance reste constante pour maintenir l’équilibre, entre réduction de certains usages, gestion d’autres et apparition de nouvelles dépendances.
Un témoignage fort, qui met en lumière la complexité des parcours de vie avec les drogues, et ce travail souvent invisible mais essentiel pour « tenir » sur le long terme.
« J’ai commencé le tabac à 11 ans, très occasionnellement. J’ai pris ma première cuite à 13 ans. À partir de 15 ans, l’alcool et le tabac sont dans ma vie, avec plusieurs cuites par semaine.
À partir de 16 ans, je plonge dans l’alcool. Je bois énormément et je n’arrive pas à concevoir une soirée sans être complètement bourré. Je commence aussi à ajouter le cannabis.
Échec scolaire et dépression : mon lycée est un enfer. On me prescrit des antidépresseurs et du Lexomil®. Grave erreur, car j’en ai toujours sur moi et je finis par être accro au Lexo.
Au début de ma vie d’adulte, j’ai une prise de conscience et je décide de limiter l’alcool et d’arrêter le tabac. Mais je conserve le cannabis, que je fume avec du tabac que je fais bouillir pour enlever la nicotine. Le cannabis est plus lié à des symptômes de TDAH, mais à l’époque, il y avait trop peu de diagnostics, alors je gérais mon hyperactivité avec le THC.
Je fonctionne comme ça pendant une vingtaine d’années, jusqu’au jour où je commence à dealer de la coke car je galère financièrement.
Je ne sombre jamais totalement dans la coke car, par chance, ce n’est pas une drogue qui me plaît. Je finis par en consommer environ 3 g par mois, mais je gère.
Je reste comme ça pendant six ans, mais j’y ajoute les ecstas, une drogue que je préfère à la coke.
Pendant ces six années, ma polyconsommation est à son maximum : alcool, cannabis, coke et ecstas font partie de mon quotidien, jusqu’à un burn-out et une tentative de suicide.
Je suis hospitalisé quelque temps et, en sortant, j’arrête la coke et l’alcool. Mais je suis obligé de continuer à dealer pour payer ma thérapie.
Je me fais la promesse d’arrêter le deal une fois ma thérapie terminée, et en novembre 2021, j’y parviens. Mais je retombe dans la nicotine.
Depuis quatre ans, je n’achète plus de coke. Je ne bois plus la semaine et je gère ma consommation d’alcool. En teuf, je prends des quarts ou un huitième de taz, sans excès. J’ai limité ma consommation de cannabis à 6 joints par semaine.
Mais je finis par prendre du Zopiclone® pour les insomnies, et je me retrouve avec une dépendance à ce somnifère.
Malgré tout ça, je gère mes deux enfants et ma vie n’est pas partie en vrille. Mais c’est une lutte et une vigilance perpétuelle pour gérer tous les produits, et surtout la façon et la quantité consommée.
Michel 47, 35 ans d’addictions »