Consommation et consentement : focus sur l’enquête de Keep Smiling

Publié le 20 mars 2026 par Léa

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Cet article parle de : #consentement

Consommer un produit psychoactif peut modifier notre rapport à la sexualité, l’expérience vécue, mais aussi notre manière d’exprimer ou de percevoir le consentement.
Les drogues influencent les pratiques, les interactions et parfois les partenaires. Elles peuvent aussi altérer la capacité à prendre des décisions éclairées ou à évaluer les risques.

Dans un contexte où la question du consentement est devenue centrale notamment avec la libération de la parole autour des violences sexistes et sexuelles –, il semble essentiel de s’interroger sur la manière dont la consommation de produits vient interagir avec celui-ci.
Si ce sujet est souvent abordé en milieu festif, il mérite aussi d’être posé dans des cadres plus intimes.

Nous vous proposons ici un focus sur une enquête menée par Keep Smiling, portant sur la consommation sexualisée de produits psychoactifs et ses effets sur le consentement et les pratiques sexuelles.

On vous invite d’ailleurs vivement à consulter l’enquête qui est disponible sur le instagram de @keepsmilingasso et sur le lien suivant : enquête. 

Un sujet nécessaire mais peu étudié 

L’objectif de cette enquête communautaire est de mieux comprendre les effets des substances sur :

  • la sexualité ;
  • la capacité à donner ou recevoir le consentement ;
  • et les dynamiques relationnelles dans des contextes festifs ou privés.

Comme le résume une personne interrogée : « Sous produits, j’ai l’impression d’être plus connecté·e à mon corps, mais parfois moins à mes limites. » 

Autant de questions encore peu documentées dans la littérature scientifique, qui se concentre souvent soit sur le chemsex, soit sur les violences sexistes et sexuelles, sans forcément  croiser ces enjeux avec les usages de produits.

Méthodologie et profil des répondant·es

L’enquête repose sur : un questionnaire en ligne (568 répondant·es ayant déjà eu des relations sexuelles sous produits), des entretiens qualitatifs, et des groupes de discussion.

Les participant·es ont en moyenne 27 ans, et la majorité entre 18 et 33 ans.
L’échantillon est composé de 55% de femmes cisgenres, 26% d’hommes cisgenres et 21% de personnes trans ou non-binaires.

Un chiffre central ressort :
58% des répondant·es déclarent que leur consommation a un effet sur leur capacité à déterminer leur consentement, que cet effet soit positif ou négatif.

Drogues et sexualité : une association fréquente

L’enquête montre que la consommation sexualisée est loin d’être marginale.
Les substances les plus souvent associées aux rapports sexuels sont :

Plus la consommation  est fréquente, plus elle tend à être associée à la sexualité. 

Les produits influencent aussi fortement le désir : plus de 80% des participant·es déclarent une modification de leur libido pendant la consommation. Comme l’exprime un·e participant·e : « Ça me donne envie, clairement. Mais parfois après coup je me demande si c’était vraiment ce que je voulais. »

Des effets contrastés mais réels sur le consentement

« 58% des personnes relèvent un effet significatif des produits sur leur capacité à déterminer leur consentement, que ce soit de façon positive ou négative. » Dans le détail, 27% des répondant·es estiment que leur capacité à savoir ce qu’iels veulent diminue sous l’effet des produits.

Certaines substances notamment l’alcool, les opiacés ou les anxiolytiques sont davantage associées à une difficulté à poser ou exprimer ses limites.
À l’inverse, certains stimulants peuvent, pour certaines personnes, renforcer la confiance en soi et faciliter la verbalisation du désir. 

Mais ces effets ne sont ni universels, ni les mêmes à chaque fois, il y a une variabilité très forte liée à la consommation de produits.
Comme le résume une participante : « J’ai plus de mal à poser mes limites quand j’ai consommé, et l’autre personne a plus de mal à les entendre quand elle a consommé aussi. » Et parfois, cela touche aussi la perception de l’autre : « Je pensais que l’autre était ok… mais en y repensant, je ne suis plus sûr·e d’avoir vraiment vérifié. » 

Des facteurs sociaux impliqués dans la consommation trop souvent invisibilisés

L’étude souligne également l’importance de facteurs psychosociaux dans les usages sexualisés :

  • Les traumatismes liés aux violences sexuelles (besoin de désinhibition ou de se sentir moins angoissé·e par ex) ;
  • Les discriminations (notamment liées au genre, orientation sexuelle) ;
  • La santé mentale ou les neuroatypies ;
  • Les normes sociales autour de la sexualité.

Comme le formule un témoignage : « Boire ou consommer, ça m’aide à lâcher prise… surtout avec mon histoire perso. » Ces éléments, encore peu pris en compte, influencent pourtant fortement les pratiques.

L’alcool, un  produit central dans les violences sexuelles

Parmi toutes les substances étudiées, l’alcool apparaît comme le produit ayant l’impact le plus important sur le consentement et les pratiques sexuelles. Certaines personnes rapportent des relations qui n’auraient pas eu lieu sans consommation : « Je n’aurais jamais couché avec cette personne si je n’avais pas bu. »

Dans 59% des cas d’abus sexuels sous substances déclarés par des femmes consommatrices, l’alcool est impliqué. Un constat qui rappelle que, si les produits ne sont jamais une cause des violences, ils peuvent accentuer des situations de vulnérabilité. Les femmes ou minorités de genre étant très souvent victimes d’une double peine : la violence et la culpabilité liée à la consommation qui signifieraient qu’elles seraient responsables. 

« Chemsex » et consommation sexualisée

Toutes les relations sexuelles sous produits ne relèvent pas du chemsex. Il est possible de consommer dans un contexte sexuel sans s’inscrire dans cette pratique spécifique communautaire.
Comme le rappelle un·e participant·e : « On parle beaucoup de chemsex, mais moi je consomme juste parfois en soirée… et ça joue aussi sur ma sexualité. »
Réduire ces réalités à un seul terme invisibilise la diversité des usages et contribue à la stigmatisation.

De la consommation à la vulnérabilité

Les substances ne sont jamais responsables des violences. Mais elles peuvent créer des situations de vulnérabilité chimique. « Je me sentais moins capable de dire non… comme si ça n’avait plus vraiment d’importance sur le moment. » À l’inverse, faire consommer quelqu’un à son insu ou profiter de son état constitue une soumission chimique, c’est-à-dire un délit.

Intégrer la réduction des risques à la santé sexuelle

L’un des apports majeurs de cette enquête est de montrer que la consommation sexualisée implique des risques spécifiques, qui doivent être pris en compte dans les politiques de prévention.
« On parle beaucoup des produits, ou du consentement… mais rarement des deux ensemble. » 

Le consentement 

Consentir, c’est donner son accord ou son désaccord de manière libre pour UNE pratique spécifique. 

  • L’absence de réponse n’est pas un consentement.
  • Céder n’est pas consentir.
  • On peut changer d’avis à tout moment.

« Même sous produits, j’ai envie que mes limites soient respectées. »

Les interactions entre produits, sexualité et consentement sont complexes, multiples et contextuelles.
« C’est pas noir ou blanc : parfois ça aide, parfois ça complique tout. »

Penser ces enjeux ensemble, c’est déjà faire un pas vers des pratiques plus sûres, plus conscientes et plus respectueuses.

Quelques repères de réduction des risques

Parler de consommation et de consentement, c’est aussi se donner des outils concrets pour prendre soin de soi et des autres.

Avant

  • Se poser la question de ses envies : est-ce que j’ai envie de sexe, ou est-ce que je consomme pour me donner envie ?
  • Anticiper ses limites : qu’est-ce que je suis ok de faire ou non ?
  • En parler si possible avec ses partenaires (surtout en contexte de consommation prévue).

Pendant

  • Y aller progressivement (produits + pratiques).
  • Vérifier régulièrement le consentement (le sien et celui des autres).
  • Privilégier une communication claire et explicite.
  • Être attentif·ve aux signaux faibles : hésitation, silence, malaise.

Et les produits ? 

  • Certains produits peuvent : diminuer la perception du danger, compliquer l’expression des limites, donner un faux sentiment de confiance

 Si un doute apparaît (sur soi ou sur l’autre) : on s’arrête.

Après

  • Prendre un temps pour soi : comment je me sens avec ce qu’il s’est passé ?
  • En parler si besoin (ami·es, partenaires, assos, professionnel·les)

À garder en tête : Consommer ne rend jamais responsable d’une agression mais ça peut créer des situations de vulnérabilité, il est donc important de de s’outiller. Prendre soin de soi, c’est aussi respecter ses limites, même (et surtout) sous produits.



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