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©️ Photo de Dasha Yukhymyuk pour Unsplash

Témoignage | « J’ai commencé à entendre des voix, à devenir parano »

Publié le 24 mars 2026 par Clarisse

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Cet article parle de : #cocaine #addiction

Aujourd’hui, X raconte sa consommation et son addiction à la cocaïne. Elle raconte comment ce qui avait commencé comme un usage festif pour l’aider à surmonter son anxiété sociale a mené à un usage quotidien avec une diversification de ses modes de conso. Un témoignage très fort et utile.

« Ma vie de consommatrice est ponctuée de phases où je sais gérer la temporalité et la quantité, de périodes d’abstinence sans compensation, et de moments de grosse perte de contrôle dont les conséquences ont été la perte de logement, la rue, des dettes et surtout des séquelles psychologiques irréversibles. 

J’ai commencé à consommer de la coke quand notre dealer du village n’avait plus de MDMA (qui était le seul produit que je consommais jusquelà), donc plutôt que de repartir les mains vides, on lui a pris ce qu’il avait en stock : la cocaïne. Je rentrais à la fac, je consommais beaucoup les weekends pour faire la fête avec les copains chez eux ou lors de festivals et soirées techno. La semaine je restais clean pour assurer en cours. Ça a duré comme ça jusqu’à la fin de mes études, même si à la fin, les consos n’étaient plus réservées aux week-ends, ça avait fini par empiéter sur la semaine mais jamais au point de me faire rater les cours ou les examens. Dès le début de ma vie de jeune adulte mon entourage s’est composé de consommateurices et c’est toujours le cas. La cocaïne m’a aidée à m’ouvrir aux autres, moi qui était très timide, à socialiser, oser danser devant et avec la foule.

« Et quand je reprenais c’était encore plus, plus trash et excessif. »

Très vite j’ai commencé à consommer seule ou avec mon conjoint, même pour chiller à la maison. À une époque, on considérait même le budget cocaïne comme faisant partie de nos dépenses mensuelles liées à la gestion du foyer. Mais à un certain moment, ça a fini par nous dépasser et on a fini par cramer plus d’argent qu’on en avait. Pour la première fois, je me suis retrouvée à la rue et sans un sou. Puis j’ai finalement réussi à retrouver un mode de vie stable pendant quelques mois. Je ne bossais plus car je perçois des aides de l’État dues à un état de santé mentale ne me permettant pas de travailler. J’étais seule et vivais dans un grand appartement, et j’ai commencé à régulièrement consommer toute seule. Tous les deux jours je retournais en acheter. Je me souviens qu’à cette période de ma vie j’étais ultra créative, passais des nuits à faire de la photo, écrire, réfléchir car je suis une grande amatrice de psychologie et de sociologie. Il y a eu des périodes où j’ai réussi à arrêter mais ça n’a jamais duré trop longtemps. Et quand je reprenais c’était encore plus, plus trash et excessif. 

Puis petit à petit, après le décès de mon conjoint, c’est pour éviter de dormir que j’ai accéléré la cadence de ma consommation car j’avais peur de rêver de lui. J’enchaînais jusqu’à 4 nuits blanches durant lesquelles je créais, écrivais, puis lentement j’ai arrêté d’être active et je me contentais de consommer. Comme pour combler quelque chose, sans aucun doute que ce quelque chose était la solitude dans laquelle je m’étais embourbée. 

« C’est là où j’ai plongé et que j’ai commencé à partir en vrille sévèrement. »

Rien ne s’est arrangé quand j’ai finalement rencontré une bande de « potes » qui vivaient non loin de chez moi sur des terrains en camion, qui consommaient également mais autrement : eux, la cocaïne, ils ne la sniffaient pas. C’est là que j’ai découvert ce qu’était le crack et qu’on pouvait s’injecter de la cocaïne. À ce moment, je traînais avec eux sans pour autant consommer comme eux. Moi je continuais à sniffer. Avec eux, la drogue c’était tous les jours, car il y avait toujours une quantité monstre que détenait un des leurs qui était fournisseur. C’est là où j’ai plongé et que j’ai commencé à partir en vrille sévèrement. J’ai commencé à entendre des voix, à devenir parano, à croire que ces gens me voulaient du mal. J’ai poussé tellement loin que je suis allée jusqu’à la tentative de suicide alors que j’étais en pleine crise de parano bien sévère. J’ai donc été aux urgences psychiatriques quelques semaines et suis toujours sous traitement depuis. Car oui, la parano et les voix que j’entends ne sont plus jamais reparties dans ma tête totalement. À la moindre fatigue, en situation d’insécurité, elles reviennent. Même quand je suis sobre.

« Je consomme toujours aujourd’hui mais différemment. »

Je n’ai pas arrêté de consommer suite à cet épisode difficile, j’ai ralenti mais j’ai toujours des moments où ces voix reviennent. Aujourd’hui je suis en mesure de les gérer et de ne pas me laisser emporter par elles. C’est à cette période que j’ai commencé à fumer de temps en temps le crack et surtout à m’injecter. Mais ce ne sont pas les « potes » qui m’ont invitée à essayer avec eux, non. C’étaient de mauvaises fréquentations mais ils ont toujours été protecteurs sur ce pointlà. J’ai donc découvert le crack et l’injection bien dix ans après avoir commencé à consommer. À force d’avoir vu et observé au contact permanent de personnes et même un amant qui avaient ces pratiques, j’ai fini par essayer dans mon coin, toute seule, l’injection. Le crack, j’ai jamais voulu apprendre à le faire. L’injection, j’ai appris à force d’aider mon conjoint à préparer sa petite dinette. Et puis les aiguilles, j’en suis familière, c’est mon outil de travail car j’évolue dans le milieu des modifications corporelles. J’ai donc pour la deuxième fois perdu mon toit et sans avoir un sou en poche. Je n’ai pas eu d’autres choix que de couper les ponts avec ces fréquentations et de retourner en convalescence dans ma famille. Aujourd’hui, après une année à me refaire moralement et financièrement, je suis enfin sortie de l’enfer de la consommation excessive. Je consomme toujours aujourd’hui mais différemment. Moins souvent, et dans des environnements et entourage où je me sens en sécurité. »

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