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Toxicité des drogues

Publié le 28 janvier 2026 par Kévin

C’est quoi la toxicité ? 

Beaucoup de personnes pensent que toute drogue est forcément et immédiatement nocive pour le corps et l’esprit. Elles seraient donc toutes absolument toxiques, d’où l’appellation bien connue de « toxicomane », qui fait porter aux personnes consommatrices de drogues un stigma inacceptable.

La toxicité a pourtant un sens bien précis en pharmacologie, le domaine qui traite du mécanisme des médicaments et des psychotropes plus largement.

Comme nous l’apprend Neuropsychopharmacology, un livre de neuropsychopharmacologie, la toxicité d’un produit, qu’on parle de médicament ou de drogue, peut survenir si sa concentration dépasse un certain seuil dit « thérapeutique ». Cela peut se produire à la suite d’un surdosage accidentel ou intentionnel, ou en raison d’une accumulation du produit due à une action très longue et/ou à des reconsommations successives. 

La toxicité est alors décrite comme la capacité d’un produit à empoisonner l’organisme. 

Comme exemples, on peut citer l’hypoglycémie sévère et parfois le décès dus à un surdosage d’insuline, ou encore la sédation excessive pouvant aller jusqu’au coma, voire le décès, suite à un surdosage de morphine.

Tu l’auras compris, l’empoisonnement lié à un surdosage peut montrer des effets plus ou moins rapides et des conséquences plus ou moins graves, pouvant aller jusqu’au décès.

Un papier publié dans Nature en 2005 permet de dégrossir ce concept de toxicité et de l’appréhender dans son lien particulier avec les drogues. 

Tout d’abord, on y apprend que la toxicité, de manière générale, peut prendre plusieurs formes : 

  • Dégâts aux tissus et cellules nerveuses ;
  • Altération de fonctions nerveuses ;
  • Hypersensibilité du système immunitaire ;
  • Développement d’un cancer.

Tout cela peut être provoqué par une exposition à des produits chimiques, du stress chronique, et tout plein de choses diverses et variées. 

Dès qu’elle concerne spécifiquement les drogues, la toxicité peut être conceptualisée sous 5 formes différentes : 

  • Toxicité reliée au mécanisme de la substance (par exemple une augmentation significative de certaines molécules au mauvais endroit dans le cerveau) ;
  • Hypersensibilité et réactions immunologiques ;
  • Interaction du produit avec d’autres éléments présents dans le corps ;
  • Métabolisation de la drogue (la manière dont le corps la transforme) ;
  • Réactions rares liées à la biologie individuelle.

Et loin de l’idée populaire que « la » drogue agit pareil pour tout le monde, surtout dès qu’il s’agit des effets négatifs, il s’avère qu’en fait, les réactions dépendent à la fois des drogues, chacune dans leur singularité, et des personnes consommatrices, elles aussi toutes différentes les unes des autres.

Après avoir dit tout ça, on pourrait penser que le détail n’est pas très important puisque les drogues seraient de toute façon irrémédiablement toxiques ! 

Eh bien en fait, pas vraiment. D’abord, parce que c’est la dose qui fait le poison, comme le disait Paracelse ; ensuite, parce que toutes les drogues sont très différentes et peuvent devenir des poisons à des seuils variables.

Les différentes formes de toxicités

Voici comment la toxicité des drogues peut se traduire, sans hiérarchie ou ordre imposé. Et si tu te sens concerné.e par une des toxicités décrites, l’équipe de KEPS sera ravie d’échanger avec toi !

Neurotoxicité

Autrement dit, les dégâts sur les cellules nerveuses du cerveau.

C’est peut-être la toxicité qui inquiète le plus, parce qu’elle touche au cerveau et que le mécanisme est finalement assez peu connu du grand public.

En plus, les psychotropes induisant une neurotoxicité ne le font pas tous de la même manière. Par exemple, la méthamphétamine bloque la recapture de dopamine, de sérotonine et de noradrénaline, mais en favorise aussi le relâchement dans le cerveau. Cette accumulation peut altérer les cellules nerveuses dans un contexte d’usage répété à des doses élevées.

Une recherche menée par David Nutt explique pour sa part par quel mécanisme l’alcool devient nocif pour le corps lorsqu’on prolonge son usage :

« L’alcool est métabolisé en acétaldéhyde […]. L’acétaldéhyde est connu pour être un métabolite actif toxique, il est impliqué dans l’induction de la cardiomyopathie alcoolique, le développement de cancers et a certains effets neurocomportementaux. […] L’acétaldéhyde contribue notamment aux effets toxiques de l’alcool chronique sur le cerveau, entraînant une dégénérescence neuronale. L’acétaldéhyde induit des dommages cellulaires et une cytotoxicité en provoquant un dysfonctionnement de l’ADN […]. »

Hépatotoxicité

Celle-là, c’est au niveau du foie qu’elle sévit !

On pourrait parler de l’effet de l’alcool sur le foie pendant longtemps, mais je vais plutôt évoquer rapidement l’acétaminophène, aussi connu sous le nom de paracétamol.

Quand ton médecin et ton pharmacien indiquent la limite à ne pas dépasser (en gros pas plus de 3 grammes par jour, en espaçant bien chaque prise de 500 mg à 1 g toutes les 4 à 6 heures), il est très important de les écouter !

Une trop grande accumulation de paracétamol dans l’organisme déclenche en effet une destruction des cellules du foie, et en 2024, 7 064 personnes âgées de 15 à 24 ans (dont 90% de femmes) ont été admises aux urgences pour cette raison.

Cardiotoxicité

Ici, c’est au niveau du cœur qu’on va regarder.

Évidemment, dès qu’il s’agit du cœur, on pense aux stimulants comme la cocaïne, l’amphétamine ou encore les cathinones

Les effets de la cocaïne au niveau cardiaque sont bien documentés. Consommée en excès, elle peut provoquer un infarctus du myocarde chez certaines personnes à risque. Vasoconstrictrice (diminuant le calibre des vaisseaux sanguins), la cocaïne agit sur le flux sanguin vers le cœur, augmente le besoin en oxygène et cause une douleur à la poitrine.

Ses effets toxiques proviennent essentiellement de son action bloquant la recapture de la noradrénaline et de la dopamine entre les neurones. Comment une interaction chimique dans le cerveau abîme-t-elle le cœur à long terme ? C’est en fait un effet secondaire plutôt qu’une action directe.
La drogue agit dans le cerveau mais indique au reste du corps comment modifier son activité nerveuse. La cocaïne provoque une contraction du myocarde, augmente le rythme cardiaque ainsi que la pression sanguine, accroît la demande en oxygène du myocarde, tout en diminuant ce même apport d’oxygène à cause de la vasoconstriction.
En gros, on demande au cœur de battre plus vite et en même temps, on l’empêche de le faire correctement. Sans compter les mélanges classiques comme avec l’alcool ou la cigarette, et sans parler des produits de coupe qu’on peut retrouver (de moins en moins).

Néphrotoxicité

La toxicité au niveau des reins est surtout connue chez les personnes consommatrices de kétamine et des drogues dissociatives semblables.

La consommation régulière de kétamine provoque des dégâts inquiétants aux reins et à l’ensemble du tractus urinaire (reins, vessie, uretères et urètre). 

De nombreuses personnes consommatrices de kétamine sur le long terme à des dosages importants présentent ainsi des complications urologiques (douleurs à l’urination, des besoins d’uriner plus fréquents, douleurs en bas de l’abdomen, sang dans les urines…), et de plus en plus de jeunes consommateurs et consommatrices sont concerné.es par ces problèmes de santé.

Une fois le tractus urinaire fortement dégradé, une insuffisance rénale peut se développer. 

Mais en détruisant au fil du temps les cellules qui composent les muqueuses tapissant les

les voies urinaires (des reins jusqu’à la vessie et l’urètre), la kétamine a déjà une forme de toxicité.
À ce jour, la compréhension de l’impact de la kétamine sur la vessie, les reins et tout le tractus urinaire, reste difficile et constitue un réel défi pour les urologues

Toxicité pulmonaire

Les poumons aussi peuvent être affectés par les drogues, notamment lorsqu’on inhale du tabac ou du crack, surtout lorsqu’il est basé à l’ammoniaque !

Les effets du tabac sur la santé en général et sur les problèmes respiratoires qui surviennent sont bien documentés. Et bien qu’on sache aujourd’hui que la cigarette électronique est utile pour s’éloigner du tabac, elle n’est pas pour autant sans dommage.
Si beaucoup moins de produits chimiques sont inhalés avec les e-cigarettes, certains d’entre eux, lorsqu’on vapote beaucoup, peuvent être toxiques pour les voies aériennes et les poumons, plus spécifiquement : 

  • Destruction de cellules pulmonaires et augmentation du poids des poumons ;
  • Dérégulation du système immunitaire des poumons ;
  • Activité antimicrobienne réduite ;
  • Dépôt de particules dans les alvéoles.

En bref, la cigarette électronique est un outil intéressant pour le sevrage tabagique ou simplement pour diminuer la consommation de tabac, puisque toujours moins nocive que ce dernier. Pour autant, il n’est pas possible de dire que son usage est sans conséquence ! Il est important de rappeler que ces problèmes dépendent du dosage, de la régularité d’usage, et du métabolisme propre à chacun et chacune. On ne peut donc que recommander la modération !

Concernant l’inhalation de crack, mieux vaut utiliser du bicarbonate que de l’ammoniaque dans le processus visant à passer de la cocaïne en poudre à la cocaïne basée. Simplement parce que l’ammoniaque tend à rester présent sur les cailloux qu’on va vaporiser et inhaler, même après le « rinçage », et que ce produit chimique est hautement toxique au niveau pulmonaire. Il est très soluble dans l’eau et n’a donc aucun mal à s’infiltrer dans les poumons, y rester et provoquer des irritations et des brûlures. Et bien que celles-ci puissent être minimes au cours d’une session de consommation, lorsqu’on répète l’usage régulièrement, on aggrave vite la santé des poumons et des voies aériennes.

Toxicité reproductive.

Dernière toxicité pour conclure cet article déjà bien long : l’impact de certaines drogues sur la santé reproductive.

Un post sur le forum Psychonaut.fr recense quelques recherches scientifiques qui étudient le lien entre consommation de drogues et différents aspects de la santé reproductive, comme la qualité du sperme, des spermatozoïdes et de la fertilité en général. Mais toutes sont très centrées sur la santé des hommes, et on n’y trouve pas de données concernant les femmes.

Une recherche italienne dirigée par Cristina de Angelis permet de mettre l’emphase sur la santé reproductive des femmes au travers d’une revue de littérature traitant principalement d’alcool et de tabac, et dans une moindre mesure de cocaïne.

Le tabagisme affecte presque tous les domaines de la fonction reproductive féminine. Il est associé à une ménopause précoce et à une baisse des taux d’œstrogènes et de progestérone, ainsi qu’à une augmentation des taux d’androgènes, effets induits à la fois par des actions ovariennes et extra-ovariennes.

La consommation d’alcool est quant à elle associée à des taux d’œstrogènes plus élevés et à des taux de progestérone plus faibles, ainsi qu’à des cycles menstruels irréguliers et à des troubles de l’ovulation.

La cocaïne est beaucoup moins étudiée mais la recherche indique qu’elle peut provoquer une augmentation des taux de progestérone et une diminution des taux d’hormones lutéinisantes, qui servent notamment à la production d’ovules.

Conclusion

En résumé, la toxicité peut donc venir d’un métabolite comme l’acétaldéhyde dérivé de l’alcool, ou d’une accumulation importante et répétée de certaines molécules en certains endroits du corps (cerveau, foie, poumons…). Elle peut même être due à des mécanismes indirects, comme l’usure du cœur qui est accélérée par une suite de réactions pharmacologiques liée à la consommation de cocaïne.

Pour réduire les risques de toxicité, on ne peut que te conseiller d’appliquer les principes de base de réduction des risques : espacer les consommations, faire attention à bien mesurer les dosages, et surtout, ne pas hésiter à discuter de tes consommations avec nous. On peut t’aiguiller de manière à mieux maîtriser certaines pratiques et on sait se montrer à l’écoute en cas de difficultés !

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