Gregg Araki aura mis douze ans avant de revenir au cinéma ! Le cinéaste frapadingue qui avait marqué les années 2000 et inspiré toute une génération de queers avait sur les épaules un sacré poids à porter. Celui de l’héritage de son œuvre : d’une drôlerie folle et d’un je-m’en-foutisme crasse. À 66 ans, il revient pour nous parler de ses sujets de prédilections : le sexe et les excès. Alors, retour gagnant ? Pas vraiment…
3 infos à retenir
- Gregg Araki revient après douze ans d’absence.
Le réalisateur culte des années 2000 revient avec une comédie policière autour du sexe, de l’art contemporain et d’une relation BDSM.
- Le consentement est au cœur du problème.
Le film montre une relation de domination sans vraiment représenter les pratiques de consentement et de négociation qui structurent le BDSM. Pire : c’est un sujet de gag !
- Un retour qui déçoit.
Malgré quelques bonnes idées, le film manque de subversion, de finesse et surtout de ce regard tendre et décalé qui faisait la force des précédents films d’Araki.
DE QUOI ÇA PARLE ?
Le film s’ouvre sur Elliot, en dessous « feminins », qui émerge de ce qui semble être une cuite mémorable. La caméra dévoile une maison d’architecte très épurée et une piscine dans laquelle flotte le corps d’une femme : Erika Tracy. Elliot la sort de l’eau et démarre le bouche–à–bouche. L’image se coupe et le film remonte 9 semaines (et demie) avant cet événement. On y découvre le quotidien moyen d’Elliot, un jeune homme moyen de 23 ans qui peine à trouver un job. Un jour, son pote gay et bg lui parle de l’annonce d’Erika Tracy, une artiste contemporaine sulfureuse qui embauche des assistant·es pour sa prochaine exposition. Son exposition tourne largement autour du sexe et de la sexualité. Alors qu’Elliot surnage entre sa colocation avec Apple (une jeune femme qui manque de confiance) et son amoureuse Minerva (qui étudie à fond, jouée par Charli XCX), sa patronne va lui faire du rentre–dedans et commencer une relation de domination/soumission avec lui. De nombreuses scènes de cul (non suggestives, aucun sexe visible à l’écran) plutôt caricaturales s’insèrent dans le film. Parallèlement à cette histoire de domination et de travail artistique (avec en ligne de mire le vernissage de l’exposition), on a les scènes d’interrogatoire d’Elliot face aux policiers qui le soupçonnent forcément d’avoir tué sa patronne et amante. Un blackout inopiné venant l’empêcher de répondre aux questions des enquêteurs. Le twist final est téléphoné et confirme ce que l’on pense de certains personnages (à savoir que ce sont des connards manipulateurs).
QU’EST-CE QU’ON EN PENSE ?
Le scénario joue avec les codes du film d’enquête policière pour critiquer le monde de l’art contemporain et parler des pratiques BDSM. Malheureusement, le regard qui nous est rapporté sent bon le boomer qui se croit drôle. En effet, la critique de l’art contemporain semble surtout être une occasion de se moquer de d’Erika (un personnage malheureusement sans nuances) et la vision du BDSM ne véhicule aucune bonne pratique (alors même que la domination obéit à des règles qui permettent à chaque participant·e d’énoncer et faire respecter leurs limites). Eh oui ! Le BDSM (bondage, soumission, sadisme et masochisme), c’est plus qu’une catégorie sur Pornhub ou un rayon chez Passage du désir. Loin de l’image vieillotte et pudibonde véhiculée par des œuvres telles que Cinquante nuances de Grey, la communauté se rassemble et met en place des outils pour éviter qu’il y ait des dépassements de consentement. Ce sont nos propres frontières qu’on cherche à dépasser, jusqu’où on peut aller rechercher du plaisir à travers ce que la société considère comme déviant.
Malgré les efforts du casting, ce n’est ni sexy ni subversif. Quelques blagues mal placées (sur le safeword notamment) et des personnages sans nuances nuisent globalement au film et c’est avec ennui qu’on sort de la projection en se disant « toutes ces attentes pour ça ». On espère qu’Araki reviendra vite au cinéma avec une proposition plus qualitative pour faire oublier ce film qui, de toute manière, ne restera pas dans les annales. Ces dernières années, les sujets inspirants ne manquent pas : chasse à la transidentité et aux LGBTIA+, recul du droit à l’avortement, chemsex, crise des opioides, crise du logement… De quoi inspirer, on l’espère, le réalisateur indépendant qui se cache encore sous le personnage médiatique.
ABOUT CONSENT
La non–représentation du consentement mutuel, éclairé et enthousiaste nous est restée vraiment VRAIMENT en travers de la gorge.
Certes, un film de fiction, une comédie qui plus est, n’a pas à être un manuel de bonnes pratiques… Néanmoins, on était en droit d’attendre autre chose de la part du grand Gregg Araki (qui nous a quand même offert l’incroyable Mysterious Skin et Teenage Apocalypse, la trilogie du désastre adolescent). Qu’il s’agisse du viol, du VIH, de la prostitution, de l’usage de drogues ou simplement de l’amour, son œuvre a toujours porté un regard précis, tendre et révélateur sur ces sujets. Un regard qui a visiblement été perdu. Et c’est très, TRÈÈÈÈS dommage ! La résolution quant à elle est mielleuse et ne sauve pas DU TOUT le film.
I want your sex est un film de Gregg Araki sorti en 2026. Olivia Wilde, Cooper Hoffman et Charli Xcx sont au casting de cette comédie d’une durée d’une heure trente.
À VOIR/LIRE SUR LE MÊME SUJET
Pour une autre représentation des ces pratiques, on vous invite à lire l’article que Carla, la psychologue de notre équipe, avait écrit : BDSM = Better Do Some Magic ? – KEPS ou la bande dessinée Attachements d’Alice Bienassis. Pour une critique au vitriol de l’art contemporain, tournez–vous vers The Square de Robert Östlund ou Velvet Buzzsaw disponible sur Netflix.
Franchement, on serait tenté de comparer I want your sex à Pillion sorti plus tôt cette année. Mais en réalité, les deux n’ont rien à voir en termes de ton. Malgré tout, la représentation des pratiques est beaucoup plus « belle » dans Pillion (et ce, alors même que le personnage principal est aux prises avec un énorme connard !).