Le résumé pour celles et ceux qui scrollent trop vite
- Jim Queen est un OVNI : absurde, vulgaire, drôle… et bien plus malin qu’il n’y paraît.
- Sous les blagues, le film parle de santé, d’addictions, de VIH, de normes corporelles et de communautés queer.
- Seul vrai bémol : sa représentation des chemsexeurs, drôle sur le moment mais nourrissant des clichés déjà bien installés.
Chez Keps, on aime bien les productions du studio Bobbypills. On avait déja abordé Vermin et Peepoodo, alors quand on a vu qu’un long métrage centré sur un influenceur homo-muscu qui contracte une nouvelle IST sortait, on s’est jetés dessus ! Comme prévu, le film n’épargne personne et dénonce.
DE QUOI ÇA PARLE ?
Jim Parfait est homosexuel et influenceur (il a écrit un livre et a 20 millions de followers). Et gym-queen donc. Un jour, il perd un abdo, hyper inquiet, il se rend chez Nina, sa copine médecin à l’hôpital. Il découvre que de nombreux homosexuels semblent se détourner du culte du corps parfait et enchaîner les fashion faux pas… C’est l’hétérose : une nouvelle ist qui transforme les homosexuels en hétéro (en 3 semaines !). C’est la panique pour Jim qui comprend qu’il ne pourra plus jamais jouir du cul ! Alors que Jim entre dans une phase de déni, Nina lui glisse un numéro de téléphone. Il semble qu’un certain docteur Ragoult soit le seul à pouvoir trouver un traitement car l’état en la personne de Christine Bayer, considèrent que l’hétérosexualité n’est pas une maladie et refuse de financer la recherche d’un remède.
Lucien est un jeune homme homosexuel dans le placard qui vit dans le culte de la personnalité de Jim Parfait. C’est accessoirement le fils de Christine Bayer qui vit reclus au ministère. Prenant son courage à deux mains, il se rend à la Powerboyz (soirée electro gay sur les bords de Seine), espérant que Jim dédicacera son livre. Hélas, rien ne se passe comme prévu et Lucien est éjecté de la soirée, ainsi que Jim et Nina.
Bref, grâce aux réseaux sociaux, le docteur Ragoult réalise que Jim connaît Lucien, dont la prostate est le seul moyen de trouver un remède à cette terrible maladie : la chloroqueer. Lancé dans une course effrénée pour retrouver le savant, Jim et Lucien traversent divers milieux interlopes tout en étant poursuivis par la gaystapo…
EST-CE QUE C’EST BIEN ?
Fidèle à son habitude, Bobbypills livre un récit hilarant complètement taré et épileptique au possible ! Cette fois sur 85 minutes, en tout droit. Une véritable histoire avec un début, un milieu et une fin, qui ne se contente pas d’être une suite de sketchs décousus. Avec ses airs d’Alice au pays des merveilles, mais à Paris dans les milieux gay. Les archétypes sont là, petite pensée pour le kiffeur de Sket au look d’Absolem caché dans le jardin des Tuileries, un labyrinthe de buissons avec des culs partout. François Sagat prête sa voix à l’adversaire de Jim Queen tandis que Philippe Katerine vient jouer une prostate. Les Sœurs de la perpétuelle indulgence jouent un rôle important dans l’initiation à la bienveillance de Jim (et dénoncent le communautarisme des différentes lettres de la communauté LGBTQIA+). On y parle pêle-mêle de santé publique, de santé mentale, de la crise du VIH, d’addiction, d’usage de drogues et d’amour.
L’animation est fluide, hyper cartoon, le doublage est excellent (Alex Ramirès et Jérémy Gillet inspirés comme jaja), très vivant et expressif : artistiquement, c’est une réussite. Projeté en séance de minuit au dernier Festival de Cannes, le film a reçu une standing ovation et a mis tout le monde d’accord : Le Monde, Le Figaro, Télérama, le Huffington Post et Les Inrocks ont tous publié des critiques positives.
Mais si on fait partie de la communauté et qu’on est plus ou moins concerné par la fête et les usages de drogues, est-ce que c’est toujours aussi drôle ? Puisque cette fois, à la différence de nombreuses œuvres de Bobbypills, c’est la réalité qui inspire directement le récit. Des lieux emblématiques name droppés tels quels ou à peine modifiés, des individus phares de la communauté et de veritables representations des diverses catégories du « marché gay » (bears, twinks, fetish, kiffeurs, chemsexeurs, etc.). Le risque, c’est que ces représentations blessent, n’est-ce pas ?
APPARTEMENT DE CHEMSEXEURS
C’est le seul véritable écueil du film, la séquence dans l’antichambre du docteur Ragoût qui se révèle être un appartement de chemsexeurs. Toute la représentation des chemsexeurs est vraiment cruelle, et malheureusement assez drôle, ce qui ne fait qu’asseoir les clichés déshumanisants qui circulent depuis l’accident de voiture causé par Pierre Palmade. Le temps d’une scène, notre duo passe par une touze chemsex, soumission chimique (Lucien est drogué à son insu) et dépassement de consentement sont illustrés (et conformes à une forme de réalité). Soit, mais était–il nécessaire de les représenter tous par le même design digne de Gollum ? Ces personnes qui se perdent dans le chemsex sont globalement des gens qui vont mal et même si les chemsexeurs heureux existent, c’est sûr que cette représentation là ne va pas faire du bien. Il est vraiment difficile de trouver des œuvres qui parlent de chemsex, encore plus avec un regard qui ne soit pas abusivement exagéré.
Lors de la grande baston finale, les chemsexeurs viennent eux aussi aider. Leur participation consiste à aspirer avec délice les gaz lacrymogènes utilisés par les CRS. Oui, c’est hilarant, mais c’est aussi injustement cruel.
Bref, à part ça : du rire en continu. Des références à gogo et une histoire qui tient la route. Ne boudons pas notre plaisir face à cet OVNI cinématographique !
Jim Queen est un film de Marco Nguyen et Nicolas Athane sorti en juin. D’une durée de 85 minutes, il est produit par Bobbypills. Attention aux yeux et aux âmes trop prudes.