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Fumeur de cierges – Notre critique du livre

Publié le 6 juillet 2026 par Maxime

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Cet article parle de : #crack #livres

Il y a quelques mois, nous avons reçu Fumeur de cierges, un roman qui aborde la vie d’une personne qui consomme de la cocaïne basée. Après avoir un peu traîné, nous avons pris le temps de le lire, merci encore à l’éditeur d’avoir pensé à nous pour le critiquer.


Le résumé pour celleux qui scrollent trop vite

  • Un homme erre pendant 24 heures dans Paris à la recherche de crack… mais surtout d’un peu de répit.
  • Plus qu’un roman sur le crack, Fumeurs de cierges raconte la violence de la rue et l’abandon des personnes les plus précaires.
  • Une lecture intéressante, mais qui passe selon nous à côté d’une partie essentielle : les responsabilités sociales derrière les parcours d’addiction.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Le narrateur (anonyme) se réveille vers 6 heures dans la rue sur un carton avec un sérieux blackout et dans ses poches des clefs qu’il ne reconnaît pas et son téléphone sans batterie. L’histoire se déroule en 24 heures. 24 heures à traîner le long du tram T3b de Paris qui frôle de nombreux hot spots du crack et de la drogue de rue. 24 heures de galère. En galère de batterie, d’un logement, d’une douche, de tranquillité et surtout de crack. Manche dans le métro, demande de crédit aux « copains », coups de pression, coups de folie, malentendus, maladresses, peur des flics, recherche de matos… C’est d’ailleurs assez surprenant pour être remarqué, mais finalement dans ce livre, on fume peu de crack. On en cherche surtout. 

QU’EST-CE QU’ON EN PENSE ? 

Premier très gros regret (et qui a longtemps été pour nous un frein à la lecture), le sous-titre « l’enfer du crack ». À première vue, on aurait plutôt penché pour « l’enfer de la rue ». Ce que la lecture complète confirme largement. Mais bon, il faut bien un argument massue de vente. Décrire l’enfer du crack n’est pas aussi disruptif que le prétend l’éditeur. C’est plutôt classique et on l’espère, vendeur. Pour une description à la première personne de la rue et du crack à Paris, on vous conseille d’ailleurs la lecture de Laurie et la colline aux mirages, le témoignage de Laurie Moucheron aperçue par deux fois dans les documentaires de Brut.

Malgré ça, la lecture a été plaisante et la découpe très saccadée des chapitres permet de faire une pause à tout moment sans s’arrêter au milieu d’une action. C’est divisé en deux grosses parties (la fumée / les cierges) qui ne marquent pas une rupture de ton spécifique. Les surprises réservées par la seconde partie ont permis de donner du corps à l’ouvrage et d’humaniser son personnage principal. Même si là encore, j’ai eu la sensation que l’auteur passait à côté de son sujet. SPOILER : avant d’être à la rue et de devenir accro au crack, le narrateur était inséré, professeur d’histoire au collège, heureux en ménage et papa d’une petite fille. C’est après des traumatismes provoqués par des scènes de violences répétées avec ses élèves qu’il a commencé à perdre pied. À traîner et se voir proposer de fumer un coup. Comme souvent, l’accroche a été à la mesure du soulagement apporté par la substance. S’ensuit la perte du foyer, la rupture et la perte de son droit de visite… Ce monsieur n’a pas été accompagné. Pire, il a été abandonné, notamment par l’institution dans laquelle il travaillait. Ces scènes de violences, l’impact psychologique qu’elles ont sur les autres élèves ou les professeurs n’est visiblement pas suffisamment pris en charge. On le sait, les psychotraumas peuvent être le terreau fertile des addictions et de l’usage ou de l’abus de substances. Sans filet, la chute peut avoir de graves répercussions. Avec l’accompagnement idoine, peut-être qu’il ne se serait pas perdu dans la rue… 

UN POINT DE VUE SITUÉ

C’est certainement la forme du roman (à la première personne, un récit de 24 heures presque minute par minute) qui a empêché l’auteur de mettre un tir à la responsabilité que la société porte vis-à-vis des personnes à la rue. Malgré tout, le temps que le narrateur passe à parler de Sophie, son ex et l’unique personnage féminin du livre, qu’il croit reconnaître dans la rue au bras d’une autre homme aurait pu être utilisé pour reprocher au principal du collège et à l’Éducation nationale de ne pas avoir mis en place l’accompagnement psychologique nécessaire pour protéger ses fonctionnaires. C’est sousentendu, peutêtre trop subtilement, mais les drogues sont parfois la méthode la plus efficace pour soulager une angoisse, une peine, une peur qui prendrait trop de place. Satisfaction instantanée et culpabilité de l’usage se mêlent alors pour enfoncer les personnes encore plus bas. Jusqu’à un endroit où on ne croit plus en la vie et ne veut plus demander d’aide. Pour essayer de comprendre les raisons du succès du crack dans la rue : « Crack : pourquoi tant de succès ? ».

Malgré tout, en notes de bas de page, Bastien Stisi apporte des informations capitales sur la réduction des risques ou sur les usages et usager·es de drogues. C’est tout à fait bienvenu. En revanche, pas sûr que cela soit suffisant pour faire changer le regard des gens, ce qui semble avoir été un des objectifs de l’auteur lors de la rédaction de ce roman. 

Fumeurs de cierges est le deuxième roman de Bastien Stisi. Publié en octobre 2025 par les éditions Multikulti, il coûte 19,90€ pour 215 pages.

Basées à Paris et Marseille, les éditions Multikulti ont à cœur de proposer des récits dédiés dédié aux questions sociales, liées aux genres, aux origines, aux modes de vie, aux exclusions, aux normes.

L’auteur, Bastien Stisi, est à la fois journaliste, enseignant-chercheur et bénévole aux Restos du cœur. Pour comprendre sa démarche et son projet d’écriture autour du roman, n’hésitez pas à visionner cette courte interview (8 minutes) sur la chaîne YouTube de la librairie Mollat.

 

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