Dans cet article on donne la parole à Salim de d’addictovigilance a Marseille pour parler des cannabinoïdes.
Qu’ils soient naturels, semi-synthétiques ou synthétiques : quels sont leurs effets et quels risques spécifiques présentent-t-ils ?
Salim est pharmacien pharmacologue au centre d’addictovigilance de Marseille. Sa mission consiste à documenter les effets néfastes sur la santé des substances psychoactives, en particulier lorsque de nouvelles molécules apparaissent sur le marché. C’est notamment le cas des cannabinoïdes semi-synthétiques, qui ont émergé ces dernières années.
CANNABINOIDES : DE QUOI ON PARLE ?
Lorsque l’on évoque les cannabinoïdes, on pense souvent au THC ou au CBD, présents dans le cannabis. Ces molécules sont appelées phytocannabinoïdes. La plante de cannabis en produit plus de cent, et lors de sa consommation, elles interagissent avec le système endocannabinoïde humain.
Ce système est composé de récepteurs répartis dans l’organisme. Leur activation régule de nombreuses fonctions physiologiques comme l’humeur, le sommeil, la mémoire, le système immunitaire ou encore l’appétit. Les effets du cannabis, comme l’euphorie ou la détente, sont notamment liés à l’activation de certains de ces récepteurs par le THC.
CANNABINOÏDES SEMI-SYNTHÉTIQUE
Les cannabinoïdes semi-synthétiques sont des molécules fabriquées en laboratoire à partir de phytocannabinoïdes, dont la structure chimique est légèrement modifiée. Ils sont le plus souvent produits à partir de CBD extrait du chanvre, une variété de cannabis pauvre en THC.
Ces modifications visent à altérer les effets des substances, mais aussi à contourner les réglementations en vigueur. Ces dernières années, plusieurs molécules comme le HHC, le THCP ou le H4CBD ont été largement médiatisées. La liste de ces substances est longue et évolue constamment : lorsque certaines sont interdites, de nouvelles apparaissent.
DES MOLÉCULES TRÈS POPULAIRES
Depuis deux à trois ans, ces substances se sont largement diffusées auprès du grand public. Parmi les consommateurs, certains cherchent une alternative légale au cannabis. D’autres, en revanche, n’ont jamais consommé de cannabis et découvrent ces produits.
Ces derniers pensent souvent consommer du CBD, perçu comme non psychotrope et relativement inoffensif. Les produits peuvent également être présentés comme légèrement plus puissants que le CBD ou ayant un intérêt thérapeutique, par exemple pour favoriser la détente ou le sommeil.
Initialement disponibles sur internet ou dans des boutiques spécialisées, ces produits se sont ensuite multipliés dans les bureaux de tabac, les épiceries ou via des distributeurs automatiques. Ils sont également apparus sur le marché du cannabis illicite.
MANQUE DE CONTRÔLE
Le développement de ces produits s’accompagne de plusieurs difficultés. Les contrôles qualité sont limités et le marketing peut être agressif. Les vendeurs eux-mêmes ne connaissent pas toujours les substances qu’ils proposent, ne fournissent pas toujours les conseils nécessaires, voire ne respectent pas la réglementation.
RISQUES SANITAIRES MAL CONNUS
Du point de vue de la santé, ces substances posent problème en raison du manque de connaissances sur leurs effets. Certains cannabinoïdes peuvent être plus puissants ou avoir une durée d’action plus longue que le THC. Leurs effets sont également moins prévisibles et les risques à long terme restent inconnus.
EFFETS INDÉSIRABLES
Les centres d’addictovigilance ont observé des cas d’intoxications aiguës, parfois graves, ayant conduit à des hospitalisations. Des épisodes de « bad trips » ont également été rapportés, notamment chez des personnes sans expérience préalable du cannabis.
Ces situations surviennent souvent lorsque des consommateurs pensent utiliser du CBD mais se retrouvent exposés à des substances plus puissantes. L’expérience peut alors être particulièrement traumatisante. Pour les professionnels de santé, la prise en charge est également complexe en raison du manque de connaissances sur ces produits.
DES FORMES VARIÉES
Ces substances existent sous de nombreuses formes : résines, herbes à infuser ou à vaporiser, huiles, mais aussi produits comestibles comme les bonbons ou les gummies.
Chaque mode de consommation possède ses propres caractéristiques pharmacologiques. Par exemple, les formes comestibles permettent d’ingérer des quantités importantes de cannabinoïdes, avec des effets pouvant durer plusieurs heures. Certains produits très concentrés ont également provoqué des effets particulièrement intenses, y compris chez des consommateurs expérimentés.
ÉVOLUTIONS RÉGLEMENTAIRES
Face à ces enjeux, la réglementation a évolué. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a inscrit plusieurs cannabinoïdes semi-synthétiques sur la liste des stupéfiants, interdisant ainsi leur production, leur vente et leur usage.
CANNABINOïDES DE SYNTHÈSE
Enfin, il convient de distinguer les cannabinoïdes de synthèse. Contrairement aux semi-synthétiques, ces molécules sont entièrement créées en laboratoire et ne dérivent pas des phytocannabinoïdes. Issues de la recherche médicale, elles sont souvent beaucoup plus puissantes.
Des cas ont été signalés d’herbe vendue comme du cannabis contenant en réalité ces substances. On retrouve également le phénomène du « PTC » (« pète ton crâne ») ou « Buddha Blue », correspondant à des e-liquides pour cigarettes électroniques contenant des cannabinoïdes de synthèse.
Plus récemment, certains de ces produits ont été identifiés dans des boutiques de CBD, illustrant une nouvelle fois la rapidité d’évolution de ce marché.
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