On a beaucoup parlé des douleurs abdominales causées par la kétamine ces derniers temps. Peu importe qu’on les appelle aliens, K-cramps, K-pains ou glaçages, il s’agit de douleurs fortes, de plus en plus renseignées par les usager·es. Si de nombreuses hypothèses fleurissent çà et là sur leur origine, on pensait manquer de connaissances pour appréhender correctement le phénomène et proposer des conseils adaptés. Le 27 avril 2026 se tenait le colloque Addicto’Sud dont l’une des premières conférences était « Kétamine et pathologie urologique », présentée par le docteur Gilles Karsenty, chirurgien urologue à Marseille. Voici ce que nous avons appris pour comprendre les k-cramps, qu’on appelle désormais l’uropathie induite à la kétamine (abrégé en UIK).
Le résumé pour celles et ceux qui scrollent trop vite
- Les K-pains ne sont pas « dans la tête » : la kétamine abîme TOUT le système urinaire.
- Changer de mode de conso ne change rien au problème
- Reprendre de la ké pour calmer la douleur alimente ces douleurs.
- Pisser du sang, avoir mal ou passer 30 fois aux toilettes par jour, ce n’est pas normal : il faut consulter.
LE RÔLE DE LA NORKÉTAMINE
Ce qui est mis en évidence dans la littérature scientifique, c’est le rôle de la norkétamine dans la destruction des cellules de tout le système urinaire. La norkétamine, c’est le nom du métabolite principal de la kétamine. Un métabolite (une substance « intermédiaire » produite par l’organisme lorsqu’il absorbe une substance : la métabolisation) comme le GHB, métabolite du GBL par exemple.
La norkétamine est cytotoxique, c’est-à-dire qu’elle attaque les cellules. Précisément celles de l’épithélium de l’appareil urinaire, qu’on appelle aussi urothélium. Qu’est-ce que l’épithélium ? Une couche de tissu cellulaire qui recouvre tous les organes externes et creux. Donc la peau, mais aussi tous les tubes de l’organisme et les « poches » telles que l’estomac ou la vessie par exemple.
La norkétamine cause une inflammation lors de l’élimination de la kétamine par l’appareil urinaire (Comment notre organisme élimine-t-il les drogues ?). Avec une consommation régulière, cette inflammation devient chronique et entraîne des dommages, à commencer par la mort des cellules.
L’ensemble de l’appareil urinaire est concerné. Les reins (situés dans le bas du dos), les uretères (qui relient les reins à la vessie), la vessie (dans le bas–ventre) et enfin l’urètre (le canal du penis et du méat urinaire). Ainsi selon la/les zones la/les plus inflammées, les douleurs peuvent être ressenties dans le dos, dans le ventre, dans le bas–ventre ou au sexe.
UN SIGNAL D’ALARME
Ces douleurs constituent un signal d’alarme du corps avant des troubles autrement plus graves qui peuvent être irréversibles ou sérieusement handicapants. Cela va d’une réduction de la capacité de la vessie à des atteintes urinaires.Des personnes ont même dû subir une dérivation urinaire définitive avec ablation totale de la vessie ! Oui, ça fait très très peur.
Un signal d’alarme synonyme de « stop kétamine ». Évidemment, arrêter n’est pas facile, surtout seul·e, surtout si on est isolé·e, surtout si on se cache. Une dépendance qui est surtout psychologique, la kétamine n’entraînant pas de symptôme physique de manque. C’est donc l’alliance thérapeutique avec un·e professionnel·le de la santé mentale et des médecins (généraliste ou spécialistes) qui pourra aider à tenir le cap. Sans négliger l’importance de l’entraide communautaire (voir ici pour découvrir l’offre de soins gratuite en addictologie).
Attention, changer de mode de consommation ne fera pas disparaître ces symptômes ! Passer à l’injection par exemple ne fera qu’aggraver le problème en ajoutant des risques liés à l’injection. Injecter pour diminuer les douleurs est vraiment une mauvaise idée.
Si vous songiez à substituer la kétamine par un de ses analogues NPS, sachez que l’Agence nationale de sécurité du médicament a récemment classé l’O-PCE et la DCK sur la liste des substances à risque. Et d’autres pays européens ont fait de même en ajoutant la 2-FDCK.
CONSOMMATION ABUSIVE
Pour déterminer une consommation abusive, les professionnel·les de santé ne font pas de cadeaux. Selon l’urologue qui présentait cette conférence, une consommation d’un gramme par semaine est déjà dangereuse pour votre système urinaire. A fortiori avec des produits non régulés issus du marché noir, sans contrôles qualité.
Il ne faut pas forcément un usage quotidien pour avoir un trouble de l’usage de substance ! Mais si vous avez des consos qui commencent à vous dépasser (ou si vous n’imaginez pas une vie sans conso), vous devriez sans doute demander de l’aide. Surtout qu’en cas de chirurgies de réparation, l’arrêt total vous sera demandé.
Ça veut sûrement dire que chez vous, la substance vient répondre à un besoin qui n’est peut-être pas encore identifié et qu’il faudrait y travailler pour permettre de diminuer votre conso. Mais avec une consommation exceptionnelle et modérée, ces symptômes peuvent ne jamais apparaître (source : les kétosaures du début des années 2000 qui sont toujours là et ne pissent pas du sang).
LE PIÈGE DE LA DOULEUR
N’oublions pas que la kétamine est un formidable antidouleur ! Il serait tentant de consommer plus pour moins souffrir. Hélas, cela ne fait qu’aggraver le problème en l’alimentant directement (alors que sur l’instant, la douleur peut réellement diminuer).
Les équipes médicales sont encore peu informées, et notre système de santé, à l’image de la société, est toxicophobe. Le risque d’être mal accueilli·e est réel mais pour l’instant, il faut faire avec même si c’est source d’angoisses. Ce peut être encore plus difficile à envisager, surtout si l’on consomme la kétamine pour faire taire ses angoisses ou des phobies relationnelles par exemple. N’hésite pas à préparer ton entretien avec les docteurs, tu peux nous appeler ou même demander à une personne de t’accompagner. C’est pas hyper dans le cadre, mais si ton praticien accepte c’est déjà un green flag.
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L’année dernière, les collègues du réseau nous ont rapporté le décès accidentel d’une personne qui avait pris de la méthadone en pensant calmer les k-pain (qu’elle prenait pour une crise de manque). Il ne faut jamais faire ça. Et ne jamais prendre de méthadone si elle ne vous est pas expressément prescrite par un médecin pour substituer un autre opiacé/opioïde. La méthadone ne provoque pas d’effet récréatif et est mortelle à des doses infimes si on n’est pas déjà consommateur d’opiacés. Selon le rapport Drames c’est d’ailleurs la première cause de mortalité par surdose. Même si dans l’absolu c’est un antidouleur (qui n’est jamais prescrit en tant que tel) c’est dangereux et inefficace pour soulager les douleurs des k-cramps.
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Ces dégâts liés à la kétamine peuvent arriver vite, ou mettre quelques années à survenir. Des signes doivent vous alerter : douleur lorsque vous faites pipi, nombreux passages aux wc (20, 30 ou 50) ou sang dans les urines… N’hésitez pas à consulter, si ce n’est pas la ké, c’est peut-être une IST. Dans les deux cas, si c’est pris en charge rapidement, c’est plus facile à traiter.
Sources :
- Des questions sur les drogues ?
- Des doutes sur ta conso ?
- Envie de parler ?
Tu peux joindre l’équipe de KEPS et nous écrire par mail (coucou@kepsmag.fr), sur Instagram (@kepsmag) ou Facebook (@kepsmag). On peut aussi se donner un rendez-vous téléphonique ! On peut t’aider à y voir plus clair, répondre à tes questions ou t’orienter autour de chez toi !