cachets de cychlorphine
Cachets de cychlorphine.

Orphines : ce qu’on sait de ces opioïdes de synthèse

Publié le 21 August 2026 par Kévin

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Cet article parle de : #drogues-illegales #familles-de-drogues #depresseurs #nps-rc

Cychlorphine, spirochlorphine, étodezitramide… Ces noms sont encore peu connus, mais ils apparaissent de plus en plus dans les systèmes de surveillance des drogues en Europe et en Amérique du Nord. Tous appartiennent à un ensemble de nouveaux opioïdes de synthèse que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme d’« orphines ».

Certaines de ces molécules semblent extrêmement puissantes et peuvent provoquer des overdoses sévères. Mais les connaissances restent très inégales : pour quelques substances, on dispose déjà de données chez l’humain ; pour d’autres, presque tout repose encore sur des expériences en laboratoire ou sur des données anciennes.

Alors, qu’est-ce qu’une orphine ? Pourquoi en parle-t-on maintenant ? Et surtout, qu’est-ce que ça change en termes de réduction des risques ?

Les 3 points importants à retenir

  • Les orphines peuvent être extrêmement puissantes, mais les équivalences de doses restent très incertaines. Les données disponibles proviennent encore largement d’études précliniques et ne permettent pas de convertir simplement leur activité en doses humaines.
  • Les outils de dépistage habituels peuvent passer à côté de ces substances. Un résultat négatif aux bandelettes fentanyl ou nitazènes ne permet pas d’exclure la présence d’orphines, et certains dépistages urinaires classiques peuvent également ne pas les détecter.
  • La naloxone reste pertinente lorsqu’une overdose opioïde est suspectée. Une réponse à la naloxone a été documentée chez l’humain avec la cychlorphine ; plusieurs administrations peuvent cependant être nécessaires, notamment dans un contexte de polyconsommation.

Les orphines, c’est quoi ?

Les orphines sont une famille d’opioïdes synthétiques comprenant plusieurs groupes de molécules apparentées à l’orphine, à la brorphine ou encore au bezitramide.

Malgré leurs noms, elles ne constituent pas simplement une nouvelle génération de fentanyls ou de nitazènes. Leur structure chimique est différente. Et toutes les substances dont le nom termine par « -orphine » ne sont pas non plus des orphines au sens où ce terme est utilisé aujourd’hui pour surveiller les nouvelles substances psychoactives.

La famille n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle. Certaines molécules dont elle dérive ont été étudiées dès les années 1960 dans le cadre de recherches sur de nouveaux antidouleurs. Le bezitramide a même été commercialisé comme médicament avant d’être placé sous contrôle international en 1969.
Plus récemment, la brorphine est apparue sur le marché des NPS autour de 2019. Depuis 2024, les signalements se multiplient avec notamment la cychlorphine, la spirochlorphine et plusieurs autres analogues.

Des opioïdes qui peuvent être très puissants

Comme les autres opioïdes, plusieurs orphines agissent principalement sur le récepteur μ-opioïde, ou MOR. Pas besoin de retenir le nom : c’est notamment l’un des récepteurs responsables des effets antalgiques et euphorisants des opioïdes, mais aussi de leur capacité à ralentir dangereusement la respiration.
Des études sur la brorphine, l’orphine, la fluorphine, la chlorphine et l’iodorphine montrent une forte activité sur ce récepteur. Chez l’animal, plusieurs provoquent à la fois des effets antidouleur importants et une dépression respiratoire.

Mais attention aux comparaisons de « puissance ».
Une molécule qui se fixe dix fois mieux à un récepteur en laboratoire n’est pas nécessairement « dix fois plus forte » chez une personne, même s’il existe certaines constantes en pharmacologie. Les résultats obtenus sur des cellules, chez la souris et chez l’humain, ne peuvent pas être convertis directement en doses équivalentes.
C’est particulièrement important pour les substances les plus récentes : dans la majorité des cas, on ne connaît tout simplement pas les doses humaines avec suffisamment de précision.

La cychlorphine : l’orphine la mieux documentée aujourd’hui

Parmi les nouvelles orphines, la cychlorphine est celle pour laquelle les données sont actuellement les plus fournies.
Des données précliniques récentes indiquent une action opioïde supérieure à celle du fentanyl dans les modèles étudiés. Chez la souris, elle a également provoqué une forte dépression respiratoire et cardiovasculaire à des doses inférieures à celles du fentanyl.

On peut déjà lire sur certains forums que la cychlorphine serait dix fois plus puissante que le fentanyl. Cette estimation ne correspond pas à une équivalence de dose démontrée chez l’humain. Mieux vaut donc retenir une chose :  la cychlorphine est un opioïde potentiellement extrêmement puissant, mais on ne dispose pas encore d’une échelle fiable permettant de convertir sa puissance en doses humaines.

Et quand bien même cette molécule serait « simplement » équivalente au fentanyl, cela reste tout aussi dangereux d’en consommer par hasard et sans les outils de RdR adéquats.

Des surdoses sont justement documentées.
Dans un premier cas publié, un homme retrouvé inconscient et en apnée a reçu plusieurs administrations de naloxone. Le produit retrouvé contenait de la cychlorphine, mais également du fentanyl et de la xylazine.
Un autre cas est particulièrement intéressant, car la cychlorphine a cette fois été confirmée directement dans le sang d’une personne présentant une dépression respiratoire sévère. Elle pensait avoir consommé de l’alprazolam. Plusieurs autres substances étaient également présentes, dont du bromazolam.

Et l’étodezitramide ?

L’étodezitramide appartient à une autre branche des orphines.
Elle a déjà été retrouvée dans plusieurs pays européens et l’ONU l’a notamment signalée en 2026 dans des produits de vapotage en Allemagne.

Sa puissance pourrait être très élevée. Certaines estimations la placent plusieurs fois au-dessus du fentanyl et des molécules apparentées ont parfois été comparées au carfentanil. L’incertitude est encore plus importante qu’avec la cychlorphine.

Les données modernes sont extrêmement limitées. On ne dispose pas de suffisamment d’informations cliniques pour établir une dose humaine, une durée d’action, une dose toxique ou une équivalence sérieuse avec le fentanyl ou le carfentanil.

Autrement dit : le signal justifie une forte vigilance, mais pas de chiffres présentés comme incontestables.

Et les bandelettes fentanyl ou nitazènes ?

Les données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) indiquent que les bandelettes destinées au dépistage de fentanyl ou de nitazènes actuellement utilisées ne permettent pas d’exclure les orphines lorsqu’elles reviennent négatives.
Même problème à l’hôpital : certains tests urinaires opioïdes classiques peuvent passer à côté de ces substances. Dans le cas clinique avec confirmation biologique de cychlorphine, le dépistage initial était par exemple négatif pour les opiacés et le fentanyl.

Pour les identifier de manière fiable, il faut actuellement avoir recours à des analyses plus avancées, notamment par spectrométrie de masse.
La première détection française de cychlorphine publiée illustre bien le problème : les premières analyses avaient repéré des substances inconnues sans pouvoir les identifier, car elles n’existaient pas encore dans les bibliothèques utilisées. Des méthodes plus poussées ont ensuite permis de confirmer la présence de 5% de cychlorphine et de 2% de méthiodone dans l’échantillon.

Pour le drug checking, cela rappelle une chose importante : la qualité d’une analyse dépend aussi de ce que la méthode est capable de chercher et de reconnaître.

Les orphines sont-elles « résistantes » à la naloxone ?

À ce stade, rien ne permet de l’affirmer.
Selon certaines expériences animales, les orphines ne répondraient pas correctement à la naloxone. Mais ces études ne reproduisaient pas nécessairement une situation réelle d’overdose dans laquelle la naloxone est administrée après l’apparition des symptômes.

Chez l’humain, une réponse à la naloxone est au contraire documentée avec la cychlorphine.

En présence d’une personne inconsciente ou dont la respiration est très lente, irrégulière ou absente, une overdose opioïde doit donc rester envisagée. La naloxone reste pertinente lorsqu’un opioïde est suspecté, y compris si le produit consommé était supposé être autre chose.
Plusieurs administrations peuvent être nécessaires. Et si d’autres dépresseurs sont présents – benzodiazépines, alcool ou autres substances –, la naloxone sera uniquement efficace contre l’opioïde dans le système de la personne.

Les orphines remplacent-elles les nitazènes ?

C’est plus compliqué.

Les orphines circulaient déjà en Chine en juin 2025, avant le renforcement du contrôle des nitazènes. Et la cychlorphine était notamment présente en Europe dès 2024 d’après les données rapportées par l’EUDA – l’agence européenne surveillant les tendances liées aux drogues sur le territoire européen. 

Mais plusieurs systèmes de surveillance ont depuis observé simultanément une baisse des nitazènes et une hausse des orphines.
Le phénomène est particulièrement visible dans certains pays baltes. En Lettonie, la cychlorphine a été retrouvée dans 6% des seringues usagées analysées fin 2024, contre 56% fin 2025.

Des données compatibles avec un remplacement au moins partiel des nitazènes sur certains marchés locaux.
Mais elles ne permettent pas de dire que les orphines ont remplacé les nitazènes partout. Et de manière systématique. L’évolution du marché des drogues tend à avoir une certaine inertie. Les deux familles peuvent circuler simultanément, la situation varie fortement d’un pays à l’autre, et une partie de l’augmentation des détections vient probablement aussi du fait que les laboratoires savent désormais mieux chercher ces molécules.

Quelques réflexes de réduction des risques

Avec des molécules aussi peu documentées, la principale difficulté est l’incertitude : on connaît mal leur puissance chez l’humain, leur durée d’action et les concentrations réellement présentes dans les produits.

Si la composition d’un produit est incertaine, quelques principes restent particulièrement importants :

  • Lorsque c’est possible, privilégie une analyse capable de rechercher des NPS récents et renseigne-toi sur les limites de la méthode utilisée.
  • Avoir de la naloxone à portée de main peut être utile dès qu’une exposition à un opioïde est possible, même si le produit est vendu comme une benzodiazépine, un médicament ou une autre substance.
  • Éviter de consommer seul·e permet également qu’une autre personne puisse intervenir et appeler les secours en cas de perte de connaissance ou de problème respiratoire.
  • Enfin, les associations avec d’autres dépresseurs augmentent les risques. Les polyconsommations sont d’ailleurs très fréquentes dans les surdoses documentées avec la cychlorphine.

Sources principales utilisées

  • UNODC. Emerging analogues of brorphine. Early Warning Advisory on New Psychoactive Substances. 30 May 2025.
  • Vandeputte MM, Bilel S, Tirri M, et al. Elucidating the harm potential of brorphine analogues as new synthetic opioids: synthesis, in vitro, and in vivo characterization. Neuropharmacology. 2024;260:110113. doi:10.1016/j.neuropharm.2024.110113.
  • Lenzi M, Gasperini S, Bilel S, et al. New Synthetic Opioids: What Do We Know About the Mutagenicity of Brorphine and Its Analogues? International Journal of Molecular Sciences. 2025;26:5084. doi:10.3390/ijms26115084.
  • Raffa RB, Breve F, Pergolizzi JV Jr, Vortsman E, Varrassi G. Cychlorphine (N-Propionitrile Chlorphine): An Emerging Benzimidazolone Synthetic Opioid and Its Implications for Overdose Recognition and Management. Journal of Pain Research. 2026;19:620907. doi:10.2147/JPR.S620907.
  • Sprague JE, Toms JA, Ratermann CF. Non-fatal opioid overdose associated predominantly with the benzimidazolone, cychlorphine. Clinical Toxicology. 2026;64(2):146-147. doi:10.1080/15563650.2025.2594070.
  • Kusko R, Liss D, House SL, et al. An Emerging Synthetic Opioid in the Drug Supply: A Case of Opioid Overdose with Biological Confirmation of Cychlorphine. Journal of Medical Toxicology. 2026. doi:10.1007/s13181-026-01146-4.
  • Dugues P, Robin T, Bellouard M, et al. Multi-analytical identification of the synthetic opioids cychlorphine and methiodone (IC-26) in drug seizures: first detection in Europe. Clinical Chemistry and Laboratory Medicine. 2026;64(6):1413-1424. doi:10.1515/cclm-2025-1428.
  • UNODC. Increasing nitazene and orphine analogues (synthetic opioids) and the implications for the use of test strips. Early Warning Advisory. 25 February 2026.
  • UNODC. The emerging threat of cychlorphine: A new synthetic opioid raising concerns globally for public health. Early Warning Advisory. 14 May 2026.
  • UNODC. Emerging global developments: Synthetic opioids appearing in new and unexpected forms. Early Warning Advisory. 24 April 2026.
  • European Union Drugs Agency (EUDA). Nouvelles substances psychoactives : situation actuelle en Europe. Rapport européen sur les drogues 2026.
  • Advisory Council on the Misuse of Drugs (ACMD). Seventh addendum to the ACMD report on the use and harms of 2-benzyl-benzimidazole (‘nitazene’) and piperidine benzimidazolone (‘brorphine-like’) opioids. 30 April 2026.
  • UNODC Early Warning Advisory. Orphine analogues; Etodezitramide (R-4837) substance record.
  • Richards GC, Sitkowski K, Heneghan C, Aronson JK. The Oxford Catalogue of Opioids: A systematic synthesis of opioid drug names and their pharmacology. British Journal of Clinical Pharmacology. 2021;87:3790-3812. doi:10.1111/bcp.14786.
  • Krotulski AJ, Papsun DM, Stang BN, Walton SE, Logan BK. Increase in Fatal Overdoses Linked to Novel Synthetic Opioid N-Propionitrile Chlorphine (Cychlorphine). CFSRE Public Alert. 30 January 2026.
  • Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Liste consolidée des substances classées comme stupéfiants, mise à jour du 26 juin 2026 ; Décision du 30 août 2022 portant modification de la liste des substances classées comme stupéfiants.
  • UK Home Office. Circular 002/2026: orphines. Temporary Class Drug Order in force from 11 June 2026.
  • European Union Drugs Agency (EUDA). Initial report on the new psychoactive substance cychlorphine, in accordance with Article 9 of Regulation (EU) 2023/1322. June 2026.
  • European Union Drugs Agency (EUDA). Initial report on the new psychoactive substance spirochlorphine, in accordance with Article 9 of Regulation (EU) 2023/1322. June 2026.
  • European Union Drugs Agency (EUDA). Assessment of the threat posed by highly potent synthetic opioids in Europe. 24 June 2026.
  • Man N, Sutherland R, Bruno R, Barratt MJ, Peacock A. Availability of orphine analogues for purchase in Australia and internationally via cryptomarkets, June 2021-January 2026. Drug Trends Bulletin Series. Sydney: NDARC, UNSW Sydney; 2026. doi:10.26190/unsworks/32226.
  • UNODC. China: Announcement of class scheduling of ‘nitazene’ analogues. Early Warning Advisory on New Psychoactive Substances. 1 July 2025.

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