En cette journée internationale de sensibilisation aux surdoses, nous faisons un petit rappel des informations à connaître pour mieux réduire les risques !
Héroïne, morphine, oxycodone, fentanyl, méthadone, buprénorphine, nitazènes et plus récemment orphines… Les opioïdes regroupent de très nombreuses molécules différentes, mais qui ont en commun leur action sur les récepteurs opioïdes et, à dose suffisamment importante, leur capacité à ralentir fortement, et dangereusement, la respiration.
C’est ce qui rend une surdose potentiellement mortelle : la personne ne reçoit plus suffisamment d’oxygène, le cœur finit par s’arrêter, et une urgence vitale se déclenche. Les opioïdes sont des dépresseurs, au même titre que l’alcool ou que les benzodiazépines.
Face à une suspicion de surdose, la priorité n’est donc pas de savoir exactement quel produit a été consommé, ou à quelle dose. Il faut surtout repérer une respiration anormale, alerter les secours, assurer les gestes de premiers secours nécessaires et administrer de la naloxone lorsqu’elle est disponible.
Les 3 points importants à retenir
- Une respiration anormale est le signe prioritaire à repérer. Mais aussi si elle est difficile à réveiller, qu’elle a les ongles et lèvres bleus, la peau froide… Face à une personne dans cette situation, il faut alerter les secours et mettre en place les gestes de premiers secours sans attendre d’identifier précisément l’opioïde consommé.
- La naloxone vise d’abord à rétablir une respiration suffisante. Une dose peut ne pas suffire, notamment avec certains opioïdes puissants, mais administrer davantage de naloxone n’est pas systématiquement utile lorsque la respiration est déjà rétablie.
- Mettre la naloxone à disposition des personnes susceptibles d’assister à une surdose est efficace. Les données scientifiques disponibles démontrent des taux de survie supérieurs à 90% dans les différents types de programmes communautaires étudiés où la naloxone était distribuée gratuitement aux personnes..
C’est quoi une surdose d’opioïdes et comment la reconnaître ?
Une surdose d’opioïdes correspond à une intoxication suffisamment importante pour provoquer des effets dangereux, au premier rang desquels se trouve la dépression respiratoire.
La respiration devient de plus en plus lente et inefficace, voire s’arrête. Si cette situation se prolonge, le manque d’oxygène peut provoquer un arrêt cardiaque, des lésions cérébrales et le décès.
La quantité consommée compte, mais elle ne permet pas à elle seule de prédire la surdose. Le risque dépend notamment du produit, de sa puissance, de la dose effectivement absorbée, de la tolérance de la personne, de son état de santé et des éventuelles autres substances consommées.
Les associations avec d’autres dépresseurs du système nerveux central, comme l’alcool ou certaines benzodiazépines, peuvent notamment compliquer la situation.
Les signes à surveiller
Le tableau classique d’une intoxication aux opioïdes associe principalement :
- une forte diminution de la conscience, jusqu’au coma ;
- la personne ne répond pas et semble insensible au toucher ;
- une respiration fortement ralentie, insuffisante ou absente ;
- des bruits de suffocation et/ou des gargouillements/ronflements ;
- un myosis, c’est-à-dire des pupilles très contractées ;
- les lèvres et les ongles bleus, ainsi qu’une peau pâle et froide.
Le myosis est un signe utile mais il ne doit pas être considéré comme indispensable au diagnostic. Lors de polyconsommations, la taille des pupilles peut être affectée par d’autres drogues et donc ne plus être un signal très utile.
Pour une personne témoin d’une surdose, le signe le plus important reste la respiration : une personne impossible ou très difficile à réveiller et qui ne respire pas normalement doit faire réagir et mettre en place les gestes de premiers secours.
Il n’est pas nécessaire d’identifier précisément l’opioïde avant d’agir.
Certains opioïdes de synthèse peuvent provoquer des urgences particulièrement sévères
Si les données disponibles sur les nitazènes ou les orphines restent limitées, elles montrent toutefois que ces substances peuvent être impliquées dans des intoxications graves.
Une étude publiée en 2023 présentait notamment une surdose confirmée à différents opioïdes puissants – brorphine, isotonitazène, métonitazène ou N-pipéridinyl-étonitazène – chez neuf patient·es. Les deux cas impliquant du métonitazène étaient présentés en arrêt cardiaque. Les symptômes étaient à chaque fois très spécifiques d’une consommation d’opioïdes.
Une revue publiée en 2025 portant spécifiquement sur les intoxications aux nitazènes confirme surtout le manque de données disponibles. Elle ne retrouve que six publications répondant à ses critères entre 2018 et 2024. Les symptômes décrits comportent notamment : dépression respiratoire, perte de conscience, coma et parfois arrêt cardiaque. Les hospitalisations pouvaient être prolongées et les doses de naloxone très variables.
Ce dernier point est important : les nitazènes ne produisent pas un tableau clinique spécifique permettant de les reconnaître. Une surdose ressemble généralement à une autre intoxication opioïde. De plus, les tests fentanyl classiques ne permettent pas de les détecter. D’où l’importance de garder à l’esprit qu’il n’est pas possible de reconnaître un opioïde en fonction des symptômes de la surdose.
Comment fonctionne la naloxone ?
Les effets les plus importants des opioïdes passent par les récepteurs opioïdes μ (mu), ou récepteurs MOR.
Un opioïde agoniste se fixe sur ces récepteurs et les active. Lorsque cette activation devient trop importante, elle peut notamment inhiber les mécanismes cérébraux qui contrôlent la respiration.
La naloxone agit comme un antagoniste des récepteurs opioïdes. Elle possède une forte affinité pour les récepteurs μ et entre en compétition avec les opioïdes qui s’y trouvent.
Elle occupe ces récepteurs sans reproduire leurs effets et réduit ainsi l’action des opioïdes, notamment sur la respiration.
Son efficacité dépend cependant de plusieurs paramètres : l’opioïde impliqué, sa concentration, son affinité pour les récepteurs, sa vitesse de dissociation, la dose et la voie d’administration de la naloxone, ainsi que les caractéristiques de la personne.
Cela explique pourquoi la réponse à la naloxone est extrêmement variable.
Que faire face à une surdose ?
Une surdose d’opioïdes est une urgence médicale.
Et si la naloxone est essentielle, elle ne remplace pas les autres gestes de secours. La prise en charge repose sur une chaîne d’actions : alerter les secours, maintenir ou rétablir autant que possible la respiration, utiliser la naloxone lorsqu’elle est disponible et surveiller la personne.
Appeler les secours
Même lorsque de la naloxone est disponible et fonctionne, l’intervention des secours reste nécessaire.
La naloxone est une mesure d’urgence qui permet de gagner du temps. Elle n’apporte pas d’oxygène à la personne et n’agit pas sur les autres causes possibles d’altération de la conscience ou de la respiration.
Elle peut également agir moins longtemps que l’opioïde responsable de la surdose.
La respiration reste la priorité
L’objectif immédiat est de permettre à la personne de respirer suffisamment.
Les gestes de premiers secours – dégagement des voies aériennes, assistance ventilatoire ou réanimation cardiopulmonaire selon la situation – ne doivent donc pas être abandonnés au profit de la seule naloxone.
Cette dimension est parfois sous-estimée. Dans une étude réalisée dans un centre de consommation supervisée, environ 90% des épisodes considérés comme des surdoses avaient pu être pris en charge avec la gestion des voies aériennes seule, sans administration de naloxone. Ce résultat vient cependant d’un environnement très spécifique, avec du personnel formé et une intervention extrêmement rapide : il ne signifie pas du tout que la naloxone est inutile la plupart du temps.
Administrer la naloxone lorsqu’elle est disponible
La naloxone est un antidote spécifique des opioïdes. Elle peut être administrée par une personne qui n’est pas professionnelle de santé grâce aux formes prêtes à l’emploi.
En France, elles sont disponibles depuis plusieurs années, notamment par voie nasale (Nyxoïd® et Ventizolve®) ou intramusculaire (Prenoxad®).
Point essentiel : l’objectif de la naloxone est de rétablir une respiration suffisante, pas nécessairement de provoquer un réveil complet.
Donner davantage de naloxone à une personne qui recommence déjà à respirer correctement n’apporte pas forcément de bénéfice, et peut créer une reprise de conscience brutale où le manque d’opioïde influence négativement les sensations que la personne traverse.
Une dose peut ne pas suffire
Certaines surdoses nécessitent plusieurs administrations.
Une revue de vingt-quatre études publiée en 2022 retrouvait des administrations multiples de naloxone dans 9 à 53% des prises en charge par les services médicaux d’urgence, et dans 16 à 89% des situations rapportées par des témoins. Cette dispersion considérable s’explique notamment par les différences de populations, de produits, de dispositifs de naloxone et de méthodes entre études.
Pour les nouveaux opioïdes puissants, les données restent peu nombreuses, mais la logique suivante reste valable : plus c’est potent (beaucoup d’effet pour peu de volume), plus il est difficile de déloger les molécules des récepteurs.
Dans la cohorte publiée par Amaducci et al., six des neuf personnes exposées à un nouvel opioïde puissant avaient reçu au moins deux administrations de naloxone.
La revue de 2025 sur les nitazènes retrouve également une forte variabilité : selon la molécule, les doses médianes rapportées allaient d’environ 1 mg pour le protonitazène à 6 mg pour le métonitazène. Certaines personnes ont répondu à une administration unique tandis que d’autres ont nécessité plusieurs administrations ou des perfusions prolongées. Ces données reposent toutefois sur très peu de cas et ne permettent pas de déterminer une « dose idéale » pour chaque surdose ou chaque type de molécules.
Plus de naloxone n’est pas systématiquement mieux
L’arrivée du fentanyl et des nitazènes a conduit au développement de formulations de naloxone plus dosées et à l’idée selon laquelle les opioïdes synthétiques imposeraient systématiquement des doses beaucoup plus importantes.
Les données disponibles sont plus nuancées. Certaines surdoses au fentanyl ou aux nitazènes nécessitent effectivement plusieurs administrations ou des doses cumulées importantes. Mais de nombreuses surdoses au fentanyl répondent également à des doses plus faibles.
Cette question compte parce qu’une une administration trop importante d’antagoniste des récepteurs opioïdes peut déclencher brutalement un syndrome de sevrage chez une personne physiquement dépendante : douleurs, nausées, vomissements, agitation ou détresse importante peuvent notamment survenir.
Une étude comparant des sprays intranasaux de 8 mg et 4 mg a retrouvé environ 2,5 fois plus de symptômes de sevrage avec 8 mg, sans différence sur la survie.
Les données soutiennent plutôt qu’il faudrait utiliser suffisamment de naloxone pour rétablir la respiration, puis réévaluer la situation, plutôt que chercher systématiquement un réveil complet.
Continuer à surveiller après une amélioration
Une personne qui se réveille après administration de naloxone n’est pas nécessairement sortie d’affaire.
La naloxone est en effet éliminée rapidement : sa demi-vie est généralement de l’ordre de 60 à 120 minutes, et certains opioïdes ont une durée d’action plus longue. La dépression respiratoire peut ainsi réapparaître quand l’effet de la naloxone diminue alors que celui de l’opioïde est encore présent.
La surveillance doit donc continuer jusqu’à la prise en charge médicale.
Distribuer de la naloxone, ça fonctionne !
Les données sur l’intérêt de mettre de la naloxone entre les mains des personnes susceptibles d’assister à une surdose sont assez solides.
Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2025 a étudié les programmes communautaires associant formation aux surdoses et distribution de naloxone.
Dans les études publiées entre 2003 et 2018, parmi les événements pour lesquels une issue était connue, les proportions de survie rapportées après utilisation de naloxone étaient de :
- 98,3% pour les programmes destinés aux personnes consommant des drogues ;
- 95,0% pour ceux destinés à leurs proches et à d’autres membres de la communauté ;
- 92,4% pour ceux destinés aux forces de police.
Des études plus récentes, publiées entre 2018 et 2022, retrouvaient des résultats comparables.
Permettre aux personnes susceptibles d’assister à une surdose de disposer de naloxone permet d’intervenir efficacement avant l’arrivée des secours !
Quelques chiffres
Deux dispositifs français apportent des informations complémentaires sur les décès liés aux substances.
DRAMES (Décès en relation avec l’abus de médicaments et de substances), qui documente les décès directement liés aux substances chez des personnes consommatrices de drogues.
DTA (Décès toxiques par antalgiques), qui documente les intoxications mortelles par antalgiques chez des personnes sans antécédent connu d’usage de drogues.
Entre 2013 et 2022, 4 503 décès ont été répertoriés dans DRAMES et 1 036 dans DTA.
En 2022, dans DRAMES :
- la méthadone était responsable ou co-responsable de 40,3% des décès recensés ;
- l’héroïne, de 28,5% ;
- les autres opioïdes licites, de 8,3% ;
- la buprénorphine, de 7,1%.
La méthadone est restée le premier opioïde impliqué dans les décès entre 2013 et 2022.
Du côté des DTA, le tramadol était le premier antalgique impliqué dans les intoxications mortelles durant la même période. Parallèlement, le rôle de l’oxycodone dans ces décès a progressé pour atteindre environ un cas sur cinq en 2022.
Reposant sur la participation volontaire des expert·es toxicologues, les chiffres de DRAMES et DTA doivent cependant être interprétés avec prudence car ils ne recensent pas exhaustivement tous les décès survenus en France. La couverture de DRAMES dépassait 80% du territoire en 2022, tandis que les données de DTA n’étaient issues/ne provenaient que de 48 départements sur 101.
Autrement dit, si ces dispositifs sont particulièrement utiles pour suivre les produits impliqués et leur évolution, ils ne recensent pas l’intégralité des décès nationaux.
Les données françaises des DTA et de DRAMES montrent par ailleurs une différence majeure avec l’Amérique du Nord : les auteur·ices ne retrouvent pas en France d’augmentation comparable des décès associés au fentanyl et concluent que leurs résultats ne soutiennent pas l’existence d’une « crise des opioïdes » française similaire à celle des États-Unis.
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